À Majorque, ce n’est pas la distance qui coûte, c’est le retour. L’île tient dans 3 640 km², mais la moitié de ce qu’on veut y voir se trouve au bout d’un cul-de-sac : une route descend à la mer, et il faut la remonter. Un itinéraire d’une semaine se joue donc sur une seule décision, prise avant même de réserver la voiture — une base ou deux. Nous avons fait le calcul : il change 280 kilomètres de trajets qui ne montrent rien de neuf. Voici la semaine jour par jour, avec les deux routes que 2026 a fermées et le piège administratif qui attend les voitures à plaque étrangère.
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Majorque n’est pas grande, elle est mal reliée
Majorque couvre 3 640 km² : moins qu’un département français moyen. Sur une carte, une semaine paraît largement suffisante pour en faire le tour. Sur la route, c’est une autre affaire, et pour une raison géographique très simple : toute la moitié nord-ouest de l’île est une montagne, la Serra de Tramuntana, dont le Puig Major culmine à 1 445 mètres.
Cette montagne n’a qu’une seule route de crête, la Ma-10, qui court d’Andratx à Pollença sur environ 112 kilomètres. Il faut environ deux heures pour la parcourir sans un seul arrêt — soit une moyenne de 56 km/h sur une route sans péage, sans feu et sans traversée d’agglomération importante. Ce chiffre dit tout : ici, le kilomètre ne se convertit pas en minutes comme ailleurs.
Le vrai piège est ailleurs, pourtant. Presque tout ce qui descend à la mer part de cette route et y remonte. Les criques, les ports, les miradors : ce sont des impasses. Vous ne les traversez pas, vous y allez et vous en revenez.
Le cas d’école s’appelle Sa Calobra. La route Ma-2141 quitte la crête et descend jusqu’à la mer en environ 14 kilomètres, pour 800 mètres de dénivelé : douze virages en épingle à 180 degrés et un tour complet à 360 degrés, le Nus de sa Corbata, où la route repasse sous elle-même par un petit pont. Elle a été tracée en 1932 et reste interdite aux véhicules de plus de dix tonnes.
Faites le compte : comme il n’y a pas d’autre sortie, vous parcourez 28 kilomètres pour 14 kilomètres utiles, et vous accumulez 1 600 mètres de dénivelé — 57 mètres par kilomètre en moyenne — pour voir une anse. Ce n’est pas une critique : c’est l’une des plus belles routes d’Europe. C’est un budget-temps, et il faut le poser avant de construire la semaine.
Le calcul qui décide de tout : une base ou deux ?
Voici la question que les itinéraires recopiés ne posent jamais, et qui pèse plus lourd que le choix des étapes.
Imaginons la semaine classique : on loge à Palma, bien situé, et on rayonne. Trois de vos journées se passeront dans l’est de l’île — Cala Ratjada, Capdepera, Artà, les criques du sud-est. Or Palma est à environ 70 kilomètres de Cala Ratjada par la route. Trois journées, c’est six trajets : 420 kilomètres, tous sur le même axe, dont pas un seul ne vous montre quelque chose de neuf.
Déplacez-vous maintenant : quatre nuits à l’ouest, trois nuits à l’est. Les mêmes journées ne coûtent plus que 140 kilomètres — un aller, un retour. Vous économisez 280 kilomètres, soit 67 % de ces trajets et trois fois moins de temps de volant, pour un seul changement d’hôtel. Et depuis une base à l’est, tout se rapproche d’un coup : Alcúdia n’est plus qu’à 33 kilomètres de Cala Ratjada.

Ces distances sont des ordres de grandeur routiers, arrondis : elles ne servent pas à planifier au kilomètre, elles servent à comparer deux organisations de séjour. Et sur ce point-là, l’écart est trop grand pour être un détail.
Notre découpage, donc : deux nuits à Palma, deux nuits dans la Tramuntana (Sóller ou Valldemossa), trois nuits au nord-est (Alcúdia, Pollença ou Cala Ratjada). Trois adresses valent mieux que deux si vous acceptez de défaire vos valises souvent ; deux suffisent si vous voyagez avec des enfants.
Jours 1 et 2 — Palma, et pourquoi la voiture peut attendre
Le premier conseil de cet itinéraire consiste à ne pas prendre la voiture tout de suite, et il repose sur une règle municipale que beaucoup de visiteurs découvrent trop tard.
Palma applique depuis le 1er janvier 2025 une zone à faibles émissions qui couvre tout l’intérieur des Avenidas et du Paseo Marítimo — autrement dit le centre historique en entier, la cathédrale, le port de plaisance et la quasi-totalité des hôtels de ville. L’infraction est sanctionnée d’une amende de 200 euros, majorée de 30 % en cas de récidive dans les douze mois.

Ce qu’il faut retenir, dans l’ordre :
Si vous louez sur place, vous n’êtes pas concerné en 2026. Une voiture immatriculée en Espagne reçoit automatiquement une étiquette environnementale de la DGT, et les flottes de location récentes sont classées C ou mieux. Or jusqu’au 31 décembre 2026, les étiquettes B, C, ECO et 0 circulent toutes librement. Notez la suite, si vous revenez : à partir du 1er janvier 2027, la B sort du dispositif, et à partir du 1er janvier 2030, la C également.
Si vous arrivez avec votre propre voiture, par le ferry depuis Barcelone ou Valence, c’est une tout autre histoire. Les véhicules à plaque étrangère doivent faire l’objet d’une inscription préalable, créée par une modification de l’ordonnance municipale en mars 2026 : elle se demande au minimum cinq jours avant la date d’accès et l’autorisation vaut trente jours. Sans elle, l’entrée dans la zone est en infraction. La procédure évoluant, vérifiez-la sur le portail de la mairie de Palma avant de partir — c’est gratuit, et cela prend dix minutes.
Concrètement, notre proposition pour les deux premiers jours : arriver, rejoindre l’hôtel sans voiture, et marcher. Palma se visite à pied, le stationnement y est cher, et deux journées de location en moins financent largement le transfert. Réserver un transfert depuis l’aéroport de Palma a du sens sur un vol qui atterrit tard, parce que le chauffeur suit le vol et attend en cas de retard. Pour une arrivée en journée, le bus de ligne relie l’aéroport au centre pour quelques euros, et nous préférons le dire avant de proposer autre chose.
Jours 3 et 4 — la Tramuntana, sans essayer de tout enchaîner
C’est le matin du jour 3 qu’on prend la voiture, et qu’on quitte Palma vers le nord.
Jour 3 : Valldemossa, Deià, Sóller. Une trentaine de kilomètres de Ma-10, et la journée est déjà pleine. Valldemossa est un village de pierre dorée serré au fond de sa vallée ; Deià est accroché à la pente, avec une descente à la mer qui est — vous commencez à comprendre — une impasse ; Sóller occupe un bassin d’orangers à environ 25 kilomètres de Palma par le tunnel.
À Sóller, laissez la voiture une demi-journée et prenez le train. La ligne, longue de 27,3 kilomètres, est exploitée depuis 1912 par la même compagnie, avec son matériel en bois d’origine ; elle traverse la montagne par une série de tunnels et débouche sur la vallée. Un tramway prolonge la ligne jusqu’au port. C’est la seule façon, à Majorque, de voir la Tramuntana sans conduire.

Jour 4 : Sa Calobra, et rien d’autre. C’est le sens de tout ce qui précède. Partez tôt — avant huit heures si vous le pouvez — parce que les autocars entament la descente en fin de matinée et que la route se croise mal. En bas, l’attraction n’est pas la plage mais le Torrent de Pareis, une gorge que l’on rejoint par deux tunnels piétons creusés dans la falaise. Puis vous remontez par où vous êtes descendu.
Si la route vous inquiète, il existe une alternative honnête : le bateau depuis le port de Sóller, qui longe la côte et évite entièrement les lacets. Nous n’avons pas de partenaire sur ces liaisons : réservez en direct auprès des compagnies du port.
La location : ce qu’on signe vraiment
Une règle d’abord, qui vaut pour toutes les îles et ne souffre pas d’exception à Majorque : en juillet et en août, on ne loue pas une voiture à l’arrivée. La flotte insulaire est limitée par nature, et les derniers véhicules disponibles se paient au prix fort.
Comparer les loueurs locaux de Majorque donne une idée réaliste des conditions avant de s’engager : les agences locales sont souvent moins chères que les grands réseaux et demandent des dépôts de garantie plus légers. Vérifiez trois points dans le contrat, dans cet ordre.
La franchise, d’abord : c’est elle qui transforme une éraflure de parking, dans des villages où l’on se gare entre deux murs de pierre, en facture à trois chiffres. La politique de carburant ensuite : « plein-plein » est la seule qui ne vous fasse pas payer un carburant que vous ne brûlerez pas. L’embarquement sur un ferry enfin, si l’idée d’aller voir Minorque vous traverse : beaucoup de contrats l’interdisent purement et simplement, et cela se lit avant de réserver la traversée, pas après.
Un mot sur la catégorie, qui n’est pas un détail ici : les routes de la Tramuntana sont étroites, bordées de murets et souvent à peine plus larges que deux voitures. Une berline familiale y roule, mais elle rend chaque croisement pénible. Sur une semaine, la petite catégorie n’est pas une économie, c’est un confort.
Jour 5 — Formentor, la journée que 2026 a changée
Vous avez déplacé votre base vers le nord-est. La journée classique consiste à monter au phare du cap de Formentor par une route spectaculaire taillée dans la falaise. En 2026, elle ne se fait plus en voiture aux heures où vous pensiez la faire.

Le dispositif publié par la Direction générale du trafic ferme la Ma-2210 aux véhicules privés du 15 mai au 18 octobre 2026 inclus, de 10 heures à 22 heures. Il faut lire la route en deux morceaux, parce que les règles n’y sont pas les mêmes :
De Port de Pollença à la plage de Formentor, les véhicules privés peuvent encore rejoindre le parking du kilomètre 8, à condition qu’il y reste des places — ce qui, en juillet, se joue avant neuf heures.
De la plage au phare, la fermeture est totale pendant la plage horaire : ni voitures ni motos. Y circulent les bus TIB de la ligne 334, les taxis, les détenteurs d’une autorisation, les cyclistes et les marcheurs. Les autorisations particulières — résidents, transport de personnes à mobilité réduite — se demandent à la DGT par courriel, au moins trois jours ouvrables à l’avance.
Deux remarques pratiques. D’abord, la fenêtre est large mais pas totale : avant 10 heures et après 22 heures, la route reste ouverte — le lever du jour au cap de Formentor est d’ailleurs ce que la journée a de mieux à offrir. Ensuite, méfiez-vous des dates que vous lirez ailleurs : plusieurs médias annoncent une fin de restriction au 15 octobre, alors que le dispositif officiel dit le 18 octobre. Nous retenons la source officielle.
Le reste de la journée se remplit tout seul : Pollença et son escalier du Calvaire, Alcúdia et ses remparts médiévaux, et la longue plage d’Alcúdia pour finir.
Jours 6 et 7 — l’est et le sud, où la voiture reprend tout son sens
C’est ici que la seconde base se rembourse. Depuis le nord-est, les distances redeviennent humaines : 33 kilomètres jusqu’à Cala Ratjada, un peu plus jusqu’aux criques du sud-est.
Jour 6 : le nord-est. Le château de Capdepera, le village d’Artà et son sanctuaire, puis les petites plages de Cala Ratjada — Cala Agulla, Cala Mesquida, Cala Lliteres. Prévoyez de vous garer loin : ces criques ont des parkings minuscules et une seule route d’accès, ce qui reproduit à petite échelle la mécanique de Sa Calobra.

Jour 7 : le sud, sur le chemin du retour. Plutôt que de rentrer directement à Palma, descendez par le sud : Es Trenc, une longue plage de sable clair protégée de l’urbanisation et bordée de pins, puis les villages de Santanyí et de Ses Salines. Le parking d’Es Trenc est payant et éloigné du sable : c’est le prix de ce qu’il protège.
Si votre vol part tard, cette dernière journée absorbe très bien la restitution de la voiture à l’aéroport, qui se trouve à l’est de Palma — donc sur votre route, et hors de la zone à faibles émissions.
L’itinéraire en un coup d’œil, et les deux erreurs à éviter
Jours 1-2, Palma sans voiture. La ville à pied, la cathédrale, le marché de l’Olivar, le quartier de Santa Catalina.
Jour 3, la Ma-10 : Valldemossa, Deià, Sóller et son train de 1912.
Jour 4, Sa Calobra : départ à l’aube, le Torrent de Pareis, remontée par la même route.
Jour 5, Formentor : tôt le matin ou en bus 334, puis Pollença et Alcúdia.
Jour 6, le nord-est : Capdepera, Artà, les criques de Cala Ratjada.
Jour 7, le sud : Es Trenc, Santanyí, retour à l’aéroport.
Première erreur à éviter : garder une seule base toute la semaine. Nous l’avons chiffrée plus haut — 280 kilomètres et trois fois plus de trajets, pour un confort d’hôtel que vous ne remarquerez pas.
Seconde erreur : prendre la voiture dès l’aéroport. Deux jours de location et deux nuits de parking payés pour une ville qui se traverse à pied, dans un centre entièrement classé en zone à faibles émissions. Prenez-la le matin où vous partez vers la montagne.
Un dernier point de budget, découvert d’ordinaire à la facture : les Baléares perçoivent une taxe de séjour par personne et par nuit, à laquelle un supplément de haute saison s’ajoute depuis juin 2026. Son montant dépend de la catégorie de l’hébergement et les sources disponibles se contredisent ; plutôt que d’avancer un chiffre que nous ne pouvons pas garantir, nous vous renvoyons au portail officiel du gouvernement des Baléares, seul à faire foi.
