Hébergement

Où loger à Majorque : six zones, et les trois contraintes qui décident à votre place

Par l’équipe Moris Insider·15 septembre 2026·11 min de lecture

À Majorque, la zone où vous dormez ne décide pas de votre vue : elle décide de vos journées. L’île est une géographie de culs-de-sac, et la même excursion coûte 140 kilomètres depuis une base et 66 depuis une autre. Avant de comparer des photos de chambres, trois contraintes tranchent à votre place — dont une que la plupart des guides ignorent : à Palma, l’appartement touristique n’existe plus. Voici les six zones, ce que chacune coûte en kilomètres, et ce que la taxe de séjour ajoute à la facture selon la catégorie choisie.

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Trois contraintes décident avant vous

Majorque couvre 3 640 km² et l’on croit volontiers qu’on peut y dormir n’importe où puisque « rien n’est loin ». C’est faux, et pour trois raisons très concrètes qui n’ont rien à voir avec le charme d’un village.

Première contrainte : l’île est un réseau de culs-de-sac. Toute la moitié nord-ouest est une montagne, la Serra de Tramuntana, dont le Puig Major culmine à 1 445 mètres. Elle n’a qu’une seule route de crête, la Ma-10, longue d’environ 112 kilomètres d’Andratx à Pollença — deux heures sans le moindre arrêt, soit une moyenne de 56 km/h sur une route sans péage ni feu rouge. Presque tout ce qui descend à la mer y remonte ensuite par le même chemin.

Deuxième contrainte : votre base fixe vos kilomètres quotidiens. Prenons une journée dans l’est de l’île, à Cala Ratjada. Depuis Palma, c’est 140 kilomètres aller-retour. Depuis une base au nord-est, à Alcúdia, c’est 66 kilomètres — soit 2,12 fois moins. Répétez l’opération trois jours de suite et vous comprenez pourquoi le choix de la zone pèse plus lourd que le choix de l’hôtel.

Troisième contrainte : la loi. C’est celle que les guides oublient, et c’est celle qui supprime purement et simplement une option à laquelle vous pensiez. Nous y venons tout de suite.

Palma : la seule base sans voiture, et le seul endroit où l’appartement n’existe plus

Commençons par le fait qui change tout : Palma a interdit la location touristique en appartement. La mesure est entrée en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2018 — la ville fut la première d’Espagne à franchir ce pas — et elle vise les logements situés dans des immeubles collectifs. Seules des maisons individuelles peuvent encore obtenir une licence, et pas partout : le centre historique, les zones industrielles et les abords de l’aéroport en sont exclus. En 2026, le moratoire sur les nouvelles licences est maintenu dans les quartiers saturés, Ciutat Vella et la façade maritime en tête. La municipalité justifie la mesure par une hausse des loyers de 40 % en cinq ans.

Un immeuble d’angle du quartier de Santa Catalina à Palma : pierre dorée, volets verts, balcons en fer, des commerces au rez-de-chaussée et des voitures garées le long du trottoir.
Un immeuble d’angle du quartier de Santa Catalina à Palma : pierre dorée, volets verts, balcons en fer, des commerces au rez-de-chaussée et des voitures garées le long du trottoir. Photo : Chixoy · CC BY-SA 3.0

Ce qu’il faut en retenir, sans détour : à Palma, se loger signifie prendre un hôtel. Les « appartements » que vous verrez apparaître dans vos recherches sont, pour l’essentiel, situés dans les stations balnéaires voisines — Can Pastilla, l’Arenal, Palmanova — et non dans la ville. Ce n’est pas une nuance de vocabulaire : c’est une différence de quartier, de trajet et d’ambiance.

En échange, Palma offre quelque chose qu’aucune autre base de l’île n’a : on peut y séjourner sans voiture. La gare intermodale, sous la Plaça d’Espanya, réunit le métro, les autocars TIB de toute l’île et les trains de la compagnie régionale vers Inca, Sa Pobla et Manacor. Le bus A1 relie l’aéroport au centre en une demi-heure environ, toutes les quinze à vingt minutes, de très tôt le matin jusqu’à un peu après minuit.

Une précision qui évite une déception : vous lirez partout que les transports publics sont gratuits à Majorque en 2026. C’est exact, et cela ne vous concerne pas : la gratuité s’applique aux détenteurs de la carte intermodale, c’est-à-dire aux résidents inscrits à la mairie. Un visiteur paie le tarif ordinaire — qui reste modique, mais qui n’est pas nul.

Dernier point, décisif si vous comptiez louer une voiture dès l’arrivée : tout le centre de Palma est une zone à faibles émissions depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, sur l’intégralité du périmètre intérieur des Avenidas et du Paseo Marítimo. L’infraction coûte 200 euros. Une voiture louée sur place est immatriculée en Espagne, reçoit automatiquement une étiquette environnementale et circule librement en 2026 ; mais si vous arrivez par le ferry avec votre propre véhicule à plaque étrangère, il vous faut une inscription préalable, à demander au moins cinq jours avant. Autrement dit : à Palma, la voiture est un handicap, pas un atout. Réserver un transfert depuis l’aéroport de Palma a du sens sur un vol qui atterrit tard, parce que le chauffeur suit le vol et attend en cas de retard ; en journée, le bus A1 fait très bien l’affaire pour quelques euros.

Pour qui : les séjours courts, les voyages sans conduite, les amateurs de ville, les arrivées tardives. Pour qui pas : les familles qui veulent la plage au pied de l’hôtel et ceux qui ont réservé une voiture pour toute la semaine.

La Tramuntana (Sóller, Valldemossa, Deià) : le plus beau, et le plus lent

C’est la zone dont on rêve en préparant le voyage : des villages de pierre dorée accrochés à la pente, des terrasses d’oliviers, la mer trois cents mètres plus bas. Elle mérite cette réputation. Elle a aussi un défaut qu’il faut accepter les yeux ouverts : tout y prend du temps.

La baie du Port de Sóller vue depuis la plage de galets : l’anse presque fermée, les maisons basses du port alignées au pied de la montagne et les sommets de la Tramuntana derrière.
La baie du Port de Sóller vue depuis la plage de galets : l’anse presque fermée, les maisons basses du port alignées au pied de la montagne et les sommets de la Tramuntana derrière. Photo : MartinDrapela · CC BY-SA 4.0

Depuis une base à Sóller ou à Valldemossa, les journées dans la montagne sont un enchantement et les journées ailleurs, une expédition. Comptez 50 kilomètres aller-retour pour la seule liaison Sóller-Palma par le tunnel — et bien davantage, en temps, dès que vous empruntez la route de crête.

Sóller a toutefois un atout unique sur l’île : son train. La ligne, longue de 27,3 kilomètres, est exploitée depuis 1912 par la même compagnie, avec son matériel en bois d’origine ; elle traverse la montagne par une série de tunnels et débouche dans la vallée, et un tramway la prolonge jusqu’au port. C’est la seule façon, à Majorque, de voir la Tramuntana sans conduire — et cela fait de Sóller la seule base de montagne envisageable pour qui ne veut pas prendre le volant tous les jours.

Une remarque de stationnement, qui n’est pas anecdotique : dans ces villages, les rues sont étroites et les places rares. Un hôtel qui annonce un parking privé vaut, sur une semaine, bien plus que la différence de prix affichée.

Pour qui : la randonnée, les villages, la photographie, les couples sans enfants en bas âge. Pour qui pas : ceux qui veulent alterner montagne et plages de sable — les plages sont à l’autre bout de l’île.

Le nord (Port de Pollença, Alcúdia) : la base qui règle le problème de 2026

Si vous ne deviez retenir qu’une zone pour une première semaine, ce serait celle-ci — et une raison très précise s’y ajoute depuis cette année.

La baie de Port de Pollença vue de la mer : voiliers au mouillage, la ligne basse et blanche du village au fond, et derrière elle les reliefs secs de la péninsule.
La baie de Port de Pollença vue de la mer : voiliers au mouillage, la ligne basse et blanche du village au fond, et derrière elle les reliefs secs de la péninsule. Photo : trolvag · CC BY-SA 3.0

Le nord réunit ce que les autres zones ont séparément : de longues plages de sable en pente douce, adaptées aux enfants ; deux vrais villages, Pollença et Alcúdia, qui vivent toute l’année et ne sont pas des alignements d’hôtels ; l’extrémité de la Tramuntana à portée immédiate ; et l’est de l’île à 66 kilomètres seulement.

La raison propre à 2026 s’appelle Formentor. La route du cap est interdite aux véhicules privés du 15 mai au 18 octobre 2026, de 10 heures à 22 heures. Entre Port de Pollença et la plage, on peut encore rejoindre le parking du kilomètre 8 s’il reste des places ; entre la plage et le phare, la fermeture est totale. Circulent alors le bus TIB de la ligne 334, les taxis, les cyclistes et les marcheurs. Conséquence pratique : seule une base toute proche permet de monter au cap avant dix heures, ce qui est de toute façon le meilleur moment de la journée. Depuis Palma, il faudrait partir en pleine nuit.

Pour qui : les familles, les premiers séjours, ceux qui veulent une seule base pour toute la semaine. Pour qui pas : les amateurs de vie nocturne, et ceux qui cherchent des criques sauvages plutôt que de grandes plages.

L’est et le sud-est (Cala Rajada, Capdepera, Santanyí) : les criques, et la distance

C’est la côte des calas : de petites anses encadrées de pins et de rochers, souvent minuscules, parfois somptueuses. Le sud-est, autour de Santanyí et de Cala d’Or, en aligne des dizaines.

Le port de Cala Rajada : le quai, un grand voilier-école amarré, les immeubles blancs de la station derrière et la colline boisée coiffée d’une tour.
Le port de Cala Rajada : le quai, un grand voilier-école amarré, les immeubles blancs de la station derrière et la colline boisée coiffée d’une tour. Photo : Sigismund von Dobschütz · CC BY-SA 3.0

Deux avertissements honnêtes avant de réserver ici. D’abord, vous êtes loin de tout le reste : Palma est à environ 70 kilomètres, et la Tramuntana deux fois plus. Ensuite, ces criques reproduisent à petite échelle la mécanique de l’île entière : une seule route d’accès, un parking minuscule, et en juillet une place qui se joue avant neuf heures du matin.

Ici, la voiture n’est pas optionnelle : c’est la zone où l’on en a le plus besoin, et celle où l’on en dépend le plus. Comparer les loueurs locaux de Majorque donne une idée réaliste des conditions avant de s’engager — les agences locales sont souvent moins chères que les grands réseaux et demandent des dépôts de garantie plus légers. Vérifiez la franchise, la politique de carburant (« plein-plein » est la seule qui ne vous fasse pas payer un carburant que vous ne brûlerez pas) et, si l’idée d’aller voir Minorque vous traverse, l’autorisation d’embarquer sur un ferry : beaucoup de contrats l’interdisent.

Pour qui : les séjours balnéaires tranquilles, les amateurs de criques, les seconds séjours. Pour qui pas : une première semaine où l’on veut tout voir.

Le sud-ouest (Port d’Andratx, Palmanova, Illetes) : près de l’aéroport, loin du reste

La côte au sud-ouest de Palma est la plus construite de l’île, et la plus contrastée : on y trouve aussi bien Magaluf, capitale de la fête bon marché, que le Port d’Andratx, mouillage cossu bordé de villas.

Le Port d’Andratx : des voiliers au mouillage dans une rade abritée et, sur les pentes tout autour, des villas blanches disséminées dans la pinède.
Le Port d’Andratx : des voiliers au mouillage dans une rade abritée et, sur les pentes tout autour, des villas blanches disséminées dans la pinède. Photo : Dietmar Rabich · CC BY-SA 4.0

Son avantage réel est la proximité de l’aéroport : vingt à trente minutes, hors de la zone à faibles émissions, ce qui en fait une base commode pour un séjour court ou pour une dernière nuit avant un vol matinal. Son défaut est symétrique : tout le reste de l’île est derrière Palma, et l’agglomération se traverse mal aux heures de pointe.

Un mot sur la Platja de Palma et l’Arenal, que montre notre photo d’ouverture : c’est la plus grande concentration hôtelière de l’île, avec des prix qui s’en ressentent et une plage immense. On y dort très bien pour trois nuits ; on s’y ennuie sur dix jours si l’on n’a pas de voiture.

Pour qui : les week-ends prolongés, les vols tardifs ou matinaux, les budgets serrés. Pour qui pas : ceux qui veulent explorer l’île sans passer deux fois par jour devant Palma.

Ce que votre hébergement coûte en plus de la chambre

Voici la part de la facture que les comparateurs n’affichent pas et que l’on découvre à la réception : l’impôt sur le tourisme durable, la taxe de séjour des Baléares. Elle ne dépend ni de la ville ni de la zone, mais de la catégorie de l’établissement et de la saison — autrement dit de votre choix d’hébergement.

En haute saison, du 1ᵉʳ mai au 31 octobre, comptez par personne et par nuit, TVA de 10 % comprise : environ 1,10 € en hébergement économique ou en camping, 3,30 € en trois ou quatre étoiles, 4,40 € en cinq étoiles. En basse saison, du 1ᵉʳ novembre au 30 avril, ces montants sont divisés par quatre : un cinq étoiles n’y est taxé que 1,10 €.

Traduisons en séjour réel. Pour deux adultes et sept nuits : 15,40 € en économique, 46,20 € en catégorie intermédiaire, 61,60 € en cinq étoiles. L’écart entre les deux extrêmes atteint 46,20 € — une nuit d’hôtel, pour la seule taxe. Et voici le chiffre qui surprend : cette même semaine en cinq étoiles, hors saison, ne coûte que 15,40 € de taxe, exactement autant que la semaine en auberge au mois d’août.

Deux réductions valent d’être connues, parce qu’elles ne sont jamais annoncées. Les moins de 16 ans sont totalement exonérés : une famille de deux adultes et deux enfants paie pour deux personnes, pas pour quatre. Et à partir du neuvième jour dans le même établissement, le tarif baisse de moitié. Sur une quinzaine en cinq étoiles, deux adultes paient ainsi 96,80 € au lieu de 123,20 € : 26,40 € d’économie — et cette réduction disparaît si vous changez d’hôtel en cours de séjour, ce qui est l’unique argument sérieux en faveur d’une base unique.

Un supplément de haute saison a été discuté à plusieurs reprises et les sources secondaires se contredisent sur son sort. Plutôt que d’avancer un chiffre que nous ne pouvons pas garantir, nous vous renvoyons au calculateur officiel du gouvernement des Baléares, seul à faire foi, qui donne le montant exact pour votre établissement et vos dates.

Choisir en trois questions

Conduirez-vous ? Si la réponse est non, la question est réglée : ce sera Palma, éventuellement Sóller pour sa ligne de train. Aucune autre zone ne se visite sans volant.

Combien de nuits ? Jusqu’à quatre, une seule base, et la plus proche de l’aéroport : Palma ou le sud-ouest. À partir de cinq ou six, deux bases valent mieux qu’une — l’écart de 140 contre 66 kilomètres par journée d’excursion le montre assez.

Avec qui ? Des enfants : le nord, pour ses plages en pente douce et ses distances courtes. Un couple qui marche : la Tramuntana. Des amateurs de criques et de calme : l’est et le sud-est.

Et deux erreurs à éviter, pour finir. La première : réserver au centre de Palma avec une voiture de location pour la semaine — le centre est une zone à faibles émissions intégrale, le stationnement y est cher, et vous paierez deux jours de location pour une ville qui se traverse à pied. La seconde : chercher un appartement dans Palma même. Il n’y en a plus légalement depuis 2018 ; ce que vous trouverez sous ce nom est ailleurs, souvent à plusieurs kilomètres, et mieux vaut le savoir avant de réserver qu’en descendant du taxi.

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