À Minorque, la plus belle crique est presque toujours au bout d’un sentier. Ce n’est pas une jolie phrase : c’est devenu la règle administrative de l’île. Macarella est interdite aux voitures particulières en haute saison depuis 2018, l’accès motorisé du parc naturel est restreint l’été, et le 2 septembre 2026 le Consell insular a voté un plafond de véhicules pour l’île entière. Marcher n’est donc plus l’option romantique, c’est le régime par défaut — et Minorque est outillée pour ça depuis le XIVe siècle. Voici les criques qui se méritent à pied, avec les temps de marche réels et le calcul qui décide de votre journée.
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À Minorque, la voiture s’arrête avant la crique
Les guides de Minorque se ressemblent tous : une liste de criques, et sous chacune, la manière de s’y garer. En 2026, ce conseil est faux à la racine. Les criques qui ont fait la réputation de l’île sont précisément celles où la voiture n’entre pas, et trois mécanismes différents, empilés, verrouillent la question.
Le premier est ancien. L’accès à Cala Macarella en voiture ou en moto particulière est interdit en haute saison depuis 2018. Ce n’est pas une mesure d’été annoncée en juin : c’est un régime installé, avec une barrière en travers du chemin, une navette, et une réservation obligatoire. Pour la saison 2026, la fermeture court du 16 juin au 14 septembre.
Le deuxième tient au parc naturel. Autour du phare de Favàritx, dans le parc de s’Albufera des Grau, l’accès motorisé est restreint en pleine saison : on stationne à un kilomètre du phare, ou l’on prend la navette. Là encore, les derniers hectomètres se font à pied — par construction.
Le troisième est tout neuf, et il change l’échelle. Le 2 septembre 2026, le Pleno du Consell insular de Minorque a approuvé une modification de la loi Menorca Reserva de Biosfera qui encadre l’entrée et le séjour des véhicules sur l’île. Le principe : le Consell fixe désormais, chaque année ou tous les deux ans, un plafond de véhicules pouvant accéder temporairement à Minorque, calculé sur des études de capacité de charge du territoire. Le chiffre retenu comme base technique est de 120 000 véhicules à moteur, toutes catégories confondues. Les véhicules non exemptés devront demander une autorisation préalable avec distinctif, jusqu’à épuisement du quota, avec un contrôle aux ports de Maó et de Ciutadella. Sont exemptés les véhicules dont le titulaire est domicilié dans une commune des Illes Balears.
Les modalités précises des saisons suivantes ne sont pas encore écrites — le texte renvoie à un règlement fixé périodiquement, et nous préférons vous envoyer au portail du Consell plutôt que d’annoncer un calendrier que nous ne pouvons pas garantir. Mais la direction, elle, ne fait aucun doute. Le renversement est acquis : à Minorque, marcher n’est plus l’option romantique, c’est le régime par défaut.
La bonne nouvelle, c’est que l’île est outillée pour ça depuis sept siècles.

Le Camí de Cavalls : 185 kilomètres qui font le tour de l’île
Le Camí de Cavalls — le « chemin des chevaux » — fait le tour complet de Minorque : environ 185 kilomètres découpés en 20 étapes, balisés GR-223. Cela met la moyenne à un peu plus de 9,25 kilomètres par étape, ce qui est une journée de marche très ordinaire : le sentier n’est pas un défi sportif, c’est un réseau de desserte.
Son origine remonte au XIVe siècle, quand un ordre royal imposa aux chevaliers de l’île de patrouiller la côte à cheval pour la défendre. Il faut attendre le XVIIe siècle pour le voir mentionné par écrit comme le tour de l’île, et le XVIIIe pour son plein usage militaire : relier les tours de guet, les fortifications et les batteries, et permettre de déplacer troupes et artillerie le long du littoral.
Il a bien failli disparaître. À partir de 1996, des marches de protestation réclament sa réouverture ; elles aboutissent à la loi du Camí de Cavalls en 2000, puis à des années d’accords et d’expropriations. Le chemin rouvre entièrement en 2010 et reçoit son balisage GR-223 l’année suivante. C’est cette histoire-là qui explique la situation d’aujourd’hui : un littoral presque intégralement accessible à pied, sur un domaine public, pendant que les routes qui y descendent se ferment une à une.
Vous n’avez évidemment pas à le parcourir en entier. Une seule étape, bien choisie, suffit à changer une journée de plage en quelque chose dont vous vous souviendrez.

Le sud-ouest : trois criques dans une matinée, gratuitement
C’est ici que se trouve le calcul qui décide de votre journée, et qu’aucune liste ne pose.
L’étape 13 du Camí de Cavalls relie Cala en Turqueta à Cala Galdana : 6,4 kilomètres, deux heures trente, difficulté facile sur la fiche officielle. En chemin, elle dessert Cala Macarella — environ une heure après Turqueta — puis Cala Macarelleta, que l’on prend par un sentier descendant sur la droite juste avant Macarella. De Macarella à Cala Galdana, la fiche officielle compte 45 minutes ; beaucoup de marcheurs annoncent trente. Les deux sont plausibles selon le pas et les arrêts — nous retenons le chiffre officiel, qui a l’avantage de ne pas vous faire manquer le dernier bain.
Faites l’addition. 6,4 kilomètres de marche facile donnent accès à 3 criques, soit une crique tous les 2,13 kilomètres environ, sans barrière, sans réservation et sans parking à surveiller.
Maintenant, la même journée en voiture. Macarella étant fermée du 16 juin au 14 septembre, il faut prendre la navette depuis Ciutadella : 8,40 euros l’aller-retour par personne, soit 33,60 euros pour une famille de quatre — et cela vous donne une crique, sur réservation obligatoire. Avec une carte de transport (T-General, T-Més ou T-Jove), le même trajet tombe à 4,20 euros, soit 16,80 euros pour quatre : c’est à peu près la moitié, et cela vaut la peine d’y penser si vous restez plusieurs jours. En réservant en ligne, l’aller-retour revient à 8,20 euros.
Trois criques gratuites contre une crique payante : ce n’est pas une question d’effort, c’est une question d’arithmétique. La marche depuis Cala Galdana n’est pas le choix austère, c’est le choix rentable — et c’est aussi le seul qui vous donne Macarelleta, que la navette ne dessert pas.
Une remarque d’honnêteté, tout de même : la navette n’est pas une mauvaise affaire pour tout le monde. Si vous logez à Ciutadella sans voiture, si vous marchez mal, ou si vous partez avec un enfant en bas âge, elle fait exactement ce qu’on lui demande. Nous ne la déconseillons pas — nous disons ce qu’elle coûte, et ce que la marche donne en plus.

La marche à faire en premier : Cala Mitjana
Si vous ne deviez en faire qu’une, ce serait celle-là. Cala Mitjana se rejoint à pied depuis Cala Galdana, sur un tracé du Camí de Cavalls remis à jour, presque entièrement plat — la seule vraie difficulté est la descente finale sur la plage. Le chemin reste à l’ombre des pins une bonne partie du trajet, ce qui change tout en juillet.
C’est la marche à proposer avec des enfants, ou pour éprouver le principe avant de s’engager sur une étape entière. Et la photo ci-dessus, prise en hiver, dit l’essentiel sur le calendrier : la même crique, hors saison, est vide.
Le nord : Cala Pregonda et son sable couleur cuivre
Le nord de Minorque n’a rien à voir avec le sud. Le calcaire blanc laisse place à des roches sombres et ferrugineuses, le vent de tramontane sculpte la végétation, et les criques y sont plus rudes — plus belles, aussi, pour qui aime les paysages qui ne cherchent pas à plaire.
Cala Pregonda en est l’exemple parfait. On y arrive après environ 30 minutes de marche depuis le parking de Binimel·là, sur un terrain rocailleux. Le sable y est doré, roux, presque cuivré : c’est la roche riche en fer qui l’entoure qui lui donne cette couleur, et l’effet est saisissant quand on débouche du sentier. Binimel·là, le point de départ, est au cœur de la réserve marine du nord de Minorque — ce qui explique aussi la qualité de l’eau pour le masque et le tuba.
Un avertissement qui vaut pour tout le nord : il n’y a aucun service sur place. Pas de buvette, pas de point d’eau, pas d’ombre garantie. Ce qui manque dans votre sac vous manquera vraiment.

Favàritx : l’ardoise noire jusqu’à Presili et Tortuga
C’est la marche la plus étrange de l’île, et sans doute la plus mémorable. Depuis le parking du phare de Favàritx, dans le parc naturel de s’Albufera des Grau, un sentier pierreux et balisé traverse un plateau d’ardoise noire, feuilletée, dressée en lames — un paysage presque lunaire, sans un arbre — avant de déboucher sur deux criques de sable clair.
Les temps de marche, depuis le parking : Cala Presili à 30 minutes (2 kilomètres), Cala Tortuga à 55 minutes (2,7 kilomètres). Le contraste entre l’ardoise sombre du plateau et l’eau claire des criques est ce que l’on retient de Minorque quand on rentre.
Trois règles ne sont pas négociables ici, et elles ne sont pas décoratives :
- Restez sur les sentiers balisés. Vous êtes dans le cœur d’une réserve de biosphère.
- Ne marchez pas sur les dunes. Le système dunaire est protégé pour permettre sa régénération : un raccourci dans le sable défait un travail de plusieurs saisons.
- Empruntez les marches aménagées pour descendre vers Cala Tortuga. Elles ont été construites précisément pour empêcher l’érosion de la falaise.
Là non plus, ni ombre ni services sur les deux plages. Et en pleine saison, l’accès motorisé au phare est restreint : prévoyez la navette, ou un kilomètre de marche supplémentaire depuis le stationnement.

Ce qu’il faut emporter, et comment atteindre les départs
Commençons par ce qui ne coûte rien. De l’eau, plus que vous ne pensez en avoir besoin — aucune des criques citées plus haut n’a de point d’eau. Un chapeau et de la crème : le plateau de Favàritx n’offre pas un mètre carré d’ombre. Et de vraies chaussures, pas des tongs : les sentiers du nord sont pierreux, celui de Pregonda franchement rocailleux. Enfin, partez tôt — c’est aussi ce qui vous donne les criques pour vous.
Reste la question des départs. Le sud-ouest se fait très bien sans voiture : depuis Cala Galdana ou Ciutadella, la marche et la navette suffisent, et c’est l’un des rares endroits d’Espagne où l’on peut passer une semaine de plage sans conduire. Le nord, lui, demande un véhicule : Binimel·là et le phare de Favàritx sont des points de départ isolés, et ce sont eux qui donnent les plus belles marches de l’île.
Comparer les loueurs locaux de Minorque donne une idée réaliste des conditions avant de s’engager : les agences locales prennent en charge Maó, Ciutadella et l’aéroport, sont souvent moins chères que les grands réseaux et demandent des dépôts de garantie plus légers. Un point de vigilance propre à 2026, en revanche : le plafond d’entrée voté le 2 septembre porte sur les véhicules qui arrivent sur l’île, contrôlés aux ports de Maó et de Ciutadella. Une voiture louée sur place n’a pas d’entrée à faire autoriser — elle y est déjà. Si vous envisagiez en revanche de faire venir la vôtre par le bateau, c’est le portail du Consell insular qu’il faut consulter avant de réserver la traversée.
Un dernier mot sur la saison. Tout ce qui précède se lit différemment selon le mois : entre le 16 juin et le 14 septembre, Macarella se mérite ; en octobre, on s’y gare. Si votre calendrier vous laisse le choix, le printemps et l’automne donnent les mêmes criques sans les barrières — et, comme le montre la photo de Cala Mitjana plus haut, souvent sans personne.
En résumé
Les trois marches à retenir :
① Cala Mitjana, depuis Cala Galdana — presque plate, ombragée, la plus facile. À faire en premier.
② L’étape 13, de Cala en Turqueta à Cala Galdana — 6,4 km, 2 h 30, facile, et 3 criques dont Macarella et Macarelleta.
③ Favàritx, vers Cala Presili (30 min) et Cala Tortuga (55 min) — l’ardoise noire, le paysage qu’on n’oublie pas.
Et une quatrième si le nord vous tente : Cala Pregonda, 30 minutes depuis Binimel·là, pour le sable cuivré.
Le calcul à ne pas oublier : 6,4 kilomètres de marche facile donnent 3 criques gratuitement, quand la navette de Macarella coûte 33,60 euros à une famille de quatre pour une seule — et ne dessert pas Macarelleta.
Ce que 2026 a changé : l’île plafonne désormais les véhicules qui y entrent, sur une base technique de 120 000 véhicules, avec contrôle aux ports. Les règles précises se fixent chaque année : vérifiez au portail du Consell insular avant d’embarquer une voiture, et sachez que louer sur place vous épargne entièrement la question.
