Comparatif

Nusa Penida ou les Gili : deux îles, deux voyages

Par l’équipe Moris Insider·16 août 2026·11 min de lecture

On présente souvent ces deux escapades comme interchangeables. Elles ne le sont pas du tout. Nusa Penida est une île haute, minérale, spectaculaire — et sa mer est difficile. Les Gili sont trois pastilles plates posées sur un fond de sable, où l’on nage dès le premier pas et où aucune voiture ne circule. Choisir entre les deux, ce n’est pas choisir entre deux plages : c’est choisir si l’on vient pour regarder ou pour se baigner.

La vraie différence n’est pas la distance, c’est la mer

Sur une carte, Nusa Penida et les Gili se ressemblent : des îles à une poignée de kilomètres de Bali, accessibles en bateau, couvertes de bungalows et de centres de plongée. Dans la réalité, elles proposent deux expériences opposées, et la différence tient entièrement à ce que fait l’eau autour d’elles.

Nusa Penida est posée au bord du détroit de Lombok, un corridor par lequel transite l’Indonesian Throughflow — un courant qui déplace environ quinze millions de mètres cubes d’eau par seconde entre le Pacifique et l’océan Indien. C’est ce courant qui fait la richesse extraordinaire de ses fonds, et c’est le même qui rend ses côtes dangereuses. Les Gili, elles, sont abritées derrière Lombok, entourées d’un plateau de sable peu profond. On y entre dans l’eau comme dans une piscine.

Île plate et boisée des Gili vue depuis l’eau, dégradé de turquoise et de bleu sur fond de sable
Les Gili vues de l’eau : pas de relief, pas de route, et une profondeur qui ne dépasse pas la taille avant plusieurs dizaines de mètres. Photo : Jorge Láscar · CC BY 2.0

Tout le reste découle de là : le relief, les routes, le rythme, et jusqu’au type de voyageur qui s’y sent bien. Voici le comparatif, ligne par ligne.

Deux archipels voisins, deux voyages différents. Traversées et prix repris à l’identique des articles précédents de cette série ; le reste vérifié le 16/08/2026.
Nusa PenidaLes Gili
Trajet depuis Bali30 à 45 min de bateau depuis Sanur1 h 30 à 2 h depuis Padang Bai
Le décorFalaises, arches, points de vueÎles plates, sable blanc, cocotiers
Se baignerPeu de plages sûres ; Kelingking interditEau basse et calme du côté abrité
Sous l’eauRaies manta toute l’année, mola-mola l’hiver australTortues marines à quelques mètres du bord
CirculerRoutes étroites et défoncées, chauffeur conseilléAucun véhicule à moteur : à pied, à vélo, en cidomo
Le soirTrès peu de vie nocturneTrawangan anime, Air modère, Meno dort
Durée qui tient debout2 à 3 nuits3 à 5 nuits

Y aller : quarante-cinq minutes contre deux heures

C’est le premier argument, et il est massif. Depuis Sanur, Nusa Penida est à trente à quarante-cinq minutes de bateau rapide, pour 150 000 à 250 000 roupies l’aller. Les rotations s’étalent grossièrement de six heures du matin à six heures du soir, ce qui rend l’aller-retour dans la journée possible — trop possible, on y revient.

Les Gili demandent un vrai transfert. Le départ le plus court se fait de Padang Bai, à l’est de Bali : une heure trente à deux heures, à partir d’environ 400 000 roupies. Depuis le sud (Sanur ou Serangan), comptez plutôt deux heures quinze à trois heures trente. Une précision utile en 2026 : il n’y a plus de liaison directe depuis Amed — même en séjournant dans le nord-est, il faut redescendre sur Padang Bai. Le ferry public vers Lembar, à Lombok, met quatre à cinq heures, avec des départs toutes les soixante à quatre-vingt-dix minutes.

Ajoutez le trajet terrestre jusqu’au port, qui n’est jamais anodin à Bali : depuis Ubud ou Canggu, atteindre Padang Bai est en soi une demi-journée. Le détail des temps de route est dans notre guide se déplacer à Bali. Règle simple : ne placez jamais une traversée le jour de votre vol international, dans un sens comme dans l’autre.

Un mot sur la réservation de ces traversées, valable des deux côtés : le même bateau se vend à des prix très différents selon qu’on l’achète au port, dans une agence de rue ou en ligne, et c’est le port de départ — pas la compagnie — qu’il faut vérifier en premier. Comparer les liaisons avant de partir permet au moins de partir avec un horaire écrit.

Nusa Penida : ce que la photo montre, et ce qu’elle cache

On vient pour Kelingking, cette falaise dont le profil évoque une tête de dinosaure, et pour deux ou trois autres décors du même calibre : Broken Beach et son arche effondrée, Angel’s Billabong, les rochers d’Atuh. Ce sont des paysages de premier ordre, il n’y a rien à retrancher là-dessus.

Arche naturelle de Broken Beach à Nusa Penida, bassin circulaire d’eau turquoise entouré de falaises
Broken Beach : l’arche s’est effondrée, la mer entre et sort par-dessous. On regarde d’en haut — on n’y descend pas. Photo : Aaron Rentfrew · CC BY-SA 4.0

Ce que la photo ne dit pas tient en trois points. D’abord, on ne se baigne pas à Kelingking : la baignade y est interdite depuis 2023, en raison de courants violents et de vagues imprévisibles. La descente jusqu’au sable existe, elle est raide et physique, mais elle mène à une plage qu’on regarde, pas à une plage où l’on nage.

Ensuite, l’affluence. Le site se remplit très vite après dix heures, quand arrivent les groupes de la journée depuis Bali. Y être vers huit heures trente change complètement l’expérience — meilleure lumière, place au belvédère, chaleur supportable pour la marche. C’est l’argument décisif en faveur d’une nuit sur place plutôt que d’un aller-retour.

Enfin, l’ascenseur. Un ascenseur de verre destiné à desservir la plage a été mis en chantier en 2024, puis suspendu le 31 octobre 2025 ; en novembre 2025, le gouverneur de Bali en a demandé le démontage. À la mi-2026, la structure est toujours en place, inachevée et hors service. Vous la verrez sur les photos récentes ; ne comptez pas dessus, et sachez qu’elle fait débat sur l’île.

Les Gili : trois îles, et elles ne se ressemblent pas

Premier fait à intégrer : les Gili ne sont pas à Bali. Elles dépendent de Lombok, dans la province de Nusa Tenggara occidental. Cela n’a rien d’administratif : la culture y est majoritairement musulmane et sassak, là où Nusa Penida est balinaise et hindoue, avec ses temples et ses cérémonies. Vous ne changez pas seulement d’île, vous changez de monde.

Second fait, et c’est celui qu’on vient chercher : aucun véhicule à moteur n’y circule. On se déplace à pied, à vélo, ou en cidomo, la charrette tirée par un cheval. Une nuance honnête pour 2026 : les vélos et trottinettes électriques se multiplient à Trawangan, et le silence n’y est plus tout à fait ce qu’il était.

Côte est de Gili Trawangan : eau transparente et peu profonde, bateaux à l’ancre, personne en train de nager
Côte est de Gili Trawangan. C’est l’exact inverse de Nusa Penida : on entre dans l’eau en marchant. Photo : NFarras · CC BY-SA 4.0

Les trois îles se choisissent selon ce qu’on veut de ses soirées. Gili Trawangan est la plus grande et la plus animée : le plus de restaurants, le plus de bars, le plus de centres de plongée. Gili Meno est la plus petite et la plus silencieuse — territoire de voyages de noces, avec sa réserve d’oiseaux, son mur de tortues et l’épave du Bounty au large. Gili Air tient l’entre-deux : de bonnes tables, du monde à rencontrer, mais sans les basses de Trawangan.

Un mot de sécurité, qui compte plus que tout le reste ici. Les chenaux entre les îles ont des courants forts, en particulier à marée montante et descendante. Les îles paraissent proches ; elles ne le sont pas à la nage. On reste du côté abrité de son île, on porte des palmes, et on ne traverse jamais autrement qu’en bateau.

Sous l’eau : raies manta d’un côté, tortues de l’autre

C’est ici que le choix se tranche vraiment, parce que les deux destinations ne s’adressent pas au même nageur.

Nusa Penida joue dans la catégorie au-dessus. Les raies manta sont présentes toute l’année sur les plateaux du sud, avec une meilleure période d’avril à octobre à Manta Point ; ces sites-là sont dans des baies abritées, donc rarement en courant, mais souvent agités par la houle. Et de juillet à octobre, quand les remontées d’eau froide arrivent, c’est la saison du mola-mola, l’immense poisson-lune, l’une des rencontres les plus recherchées de la plongée mondiale.

Plage de Crystal Bay à Nusa Penida, cocotiers penchés sur le sable et baigneurs au bord de l’eau
Crystal Bay, l’une des rares plages de Nusa Penida où l’on se baigne vraiment — et l’un des grands sites de plongée de l’île. Photo : Panina Manina · CC BY-SA 4.0

La contrepartie est sérieuse et il faut la dire : la majorité des sites de Nusa Penida se plongent en dérive, les courants y sont imprévisibles et des courants descendants peuvent se déclencher brutalement. Ce n’est pas un terrain de premier baptême. On y plonge avec un centre qui connaît les marées, et on accepte qu’une sortie soit annulée.

Les Gili, elles, sont l’endroit où l’on apprend. Fonds peu profonds, visibilité facile, tortues marines à quelques mètres du bord — on les voit en palmes-masque-tuba, sans bateau et sans certification. C’est le meilleur endroit de la région pour un premier niveau de plongée, pour emmener des enfants dans l’eau, ou simplement pour nager tous les jours sans organiser d’expédition. Ce que vous ne verrez pas, ce sont les grands animaux de Penida.

Se déplacer une fois sur place

À Nusa Penida, c’est le point noir. Les routes sont étroites, pentues, criblées de nids-de-poule, parfois couvertes de gravier ou non revêtues sur les itinéraires extérieurs. Pire : les raccords entre revêtement neuf et ancien sont brutaux et ont causé des accidents graves. Des accidents de scooter de touristes surviennent chaque semaine sur l’île.

Si vous prenez malgré tout un scooter, les consignes locales sont constantes : ne pas dépasser 30 à 35 km/h — au-delà, les nids-de-poule ne se voient plus à temps —, ne jamais doubler un camion ou un van sur ces largeurs, casque et vraies chaussures. Rappelons la règle générale indonésienne, détaillée dans notre guide des transports : le permis national ne suffit pas, il faut le permis moto et un permis international. La solution nettement plus sûre, et à peine plus chère à deux, reste la voiture avec chauffeur local à la journée.

Aux Gili, la question disparaît. On fait le tour de Trawangan à pied en une à deux heures, de Meno en beaucoup moins. Le vélo suffit à tout, le cidomo sert aux bagages. C’est un vrai repos mental après deux semaines de trafic balinais — et un argument que peu de destinations peuvent offrir.

Taxes, droits d’entrée et zones d’ombre

La taxe touristique de Bali est de 150 000 roupies par personne, payable une seule fois par voyage et en vigueur depuis le 14 février 2024. Elle couvre Bali et les îles Nusa — Penida, Lembongan, Ceningan. Gardez le QR accessible : les contrôles se font aux ports et sur certains sites. Les Gili n’en relèvent pas, puisqu’elles dépendent de Lombok ; mais comme vous entrez en Indonésie par Bali, elle est de toute façon déjà réglée.

À partir de là, les sources divergent, et nous préférons le dire plutôt que trancher. Plusieurs guides annoncent un prélèvement local supplémentaire d’environ 100 000 roupies encaissé au port de Nusa Penida ou par la compagnie de bateau ; d’autres affirment que la taxe provinciale couvre déjà l’île. Même flou à Kelingking : une source donne « aucun droit d’entrée, stationnement 5 000 roupies en scooter et 10 000 en voiture », une autre « 25 000 roupies par personne plus le stationnement ». Ces écarts s’expliquent probablement par la date de la visite et par l’organisme qui encaisse.

Conclusion pratique, qui vaut dans tous les cas : prévoyez du liquide en petites coupures, la carte n’est acceptée presque nulle part sur ces sites, et n’ayez pas de surprise si l’on vous demande quelques dizaines de milliers de roupies à l’entrée d’un point de vue. Nos ordres de grandeur détaillés sont dans le budget de deux semaines.

Combien de jours, et peut-on faire les deux

Pour Nusa Penida, deux à trois nuits sont le bon format. L’aller-retour dans la journée est possible, il est même vendu partout, et c’est précisément le format qui produit la mauvaise expérience : arrivée après dix heures, quatre sites en course contre la montre, routes difficiles, retour épuisé. Une nuit sur place suffit à retourner la situation — vous êtes au belvédère quand les bateaux ne sont pas encore arrivés.

Pour les Gili, trois à cinq nuits. En dessous, le temps de transfert mange le séjour ; au-delà, tout dépend de votre appétit pour le farniente, qui est là-bas l’activité principale et assumée.

Coucher de soleil sur une plage des Gili, pandanus en silhouette devant la mer
Le vrai luxe des Gili : le coucher de soleil se regarde depuis le sable, sans un seul moteur à l’horizon. Photo : Vyacheslav Argenberg · CC BY 4.0

Et oui, on peut enchaîner les deux sans repasser par Bali. Des bateaux relient directement Nusa Penida aux Gili — comptez environ une heure quarante-cinq sur la liaison directe, sinon un transit par Padang Bai. L’ordre logique est Penida d’abord, les Gili ensuite : on commence par l’effort et le spectacle, on finit par le repos. C’est d’ailleurs la structure de notre itinéraire de deux semaines.

Deux réserves de saison. Le détroit de Lombok peut faire annuler une traversée, surtout de décembre à mars ; et à Nyepi, le jour du silence balinais, tous les bateaux sont à l’arrêt — la date de l’année est dans notre guide quand partir à Bali.

Alors, laquelle ?

Vous voulez des images et de la marche : Nusa Penida, deux nuits, avec chauffeur. Vous rentrerez avec les photos que vous étiez venu chercher, et vous aurez vu Kelingking sans la foule.

Vous voulez nager tous les jours : les Gili, sans hésiter. Nusa Penida est frustrante pour un nageur — la mer y est belle et rarement praticable depuis le bord.

Vous plongez, avec de l’expérience : Nusa Penida, entre avril et octobre pour les mantas, entre juillet et octobre si le mola-mola est votre objectif. Aucune autre île de la région ne joue à ce niveau.

Vous débutez sous l’eau, ou vous voyagez avec des enfants : les Gili. Les tortues sont à quelques brasses du sable et l’eau ne monte pas à la taille avant plusieurs dizaines de mètres.

Vous n’avez que trois jours : Nusa Penida, parce que le temps de transfert vers les Gili en consommerait la moitié.

Vous finissez un long voyage et vous êtes fatigué : les Gili, pour l’absence de moteurs. C’est le seul endroit des environs où l’on peut vraiment s’arrêter — et le meilleur choix de dernière étape avant le vol retour.

Moris Insider
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