Guide pratique

Se déplacer à Bali : ce qui marche vraiment, et où

Par l’équipe Moris Insider·16 août 2026·10 min de lecture

À Bali, la question n’est jamais « combien de kilomètres », c’est « combien d’heures ». Trente-six kilomètres séparent Ubud de l’aéroport et se parcourent en une heure à une heure trente en conditions normales ; Canggu est plus près à vol d’oiseau et plus loin en temps. Ajoutez à cela une règle de permis nettement durcie depuis avril 2026, et des quartiers entiers où les applications de course ne peuvent pas venir vous chercher, et vous avez les trois choses qu’il faut savoir avant de choisir.

La seule variable qui compte : le temps

Une carte de Bali ment. L’île fait à peine cent cinquante kilomètres de large, et pourtant les distances s’y comptent en heures. Depuis l’aéroport : quinze à vingt minutes pour Kuta et Legian, vingt ou soixante pour Seminyak selon le trafic, quarante-cinq à soixante pour Canggu, une heure à une heure trente pour Ubud, vingt à trente pour Nusa Dua par l’autoroute. Ces écarts ne viennent pas de la distance mais du réseau : deux voies partout, des ruelles à une voie dans les zones touristiques, et aucun contournement.

D’où la première règle, qui n’a rien à voir avec le mode de transport : on ne choisit pas comment circuler, on choisit d’abord où dormir pour ne pas avoir à circuler. C’est le raisonnement complet de notre guide où loger à Bali. Ceci posé, voici les six façons de bouger, et ce qu’elles valent réellement.

Les six façons de circuler, et ce qu’elles coûtent vraiment. Prix relevés le 16/08/2026. Aucun de ces modes n’est bon partout : un séjour normal en combine deux ou trois.
ModeOrdre de prixBon pourLe piège
Scooter60 000 – 100 000 Rp / jourSe faufiler, courtes distancesPermis moto ET permis international
Grab / Gojek — moto15 000 – 25 000 Rp / 5 kmTrajets courts, seul, sans bagageRamassage interdit dans certaines zones
Grab / Gojek — voiture50 000 – 80 000 Rp / 5 kmÀ deux, avec des bagages, sous la pluieBloqué dans le même trafic
Chauffeur privé à la journée700 000 – 900 000 Rp / 10-12 hGrandes journées, familles, hauteursEntrées, péage et déjeuner en plus
Voiture sans chauffeurVariable selon la saisonNord et est, hors des villesConduite à gauche, stationnement
Bus Trans Metro DewataQuelques milliers de roupiesPetit budget, grands axes15-20 min d’attente, six lignes seulement

Le scooter : le moins cher — et le plus surveillé depuis avril 2026

Soixante mille à cent mille roupies la journée, l’essence en plus mais négligeable : rien n’approche ce rapport prix-liberté, et sur les ruelles saturées du sud c’est aussi le plus rapide. Il faut cependant lire ce qui suit avant de louer, parce que la règle a changé.

Rue commerçante d’Ubud décorée de penjor, voitures à l’arrêt et piétons marchant sur la chaussée, Bali
Une rue d’Ubud à une heure ordinaire : voitures pare-chocs contre pare-chocs, trottoir occupé, piétons sur la chaussée. Photo : Tigerente · CC BY-SA 4.0

Votre permis national ne suffit pas. Il faut le permis moto de votre pays et un permis de conduire international portant la catégorie deux-roues. C’était déjà la règle ; ce qui a changé, c’est son application. Depuis le lancement de la brigade « Dharma Dewata » en avril 2026, les contrôles sont fréquents et la tolérance annoncée est nulle pour les étrangers en infraction. Comptez 300 000 à 500 000 roupies d’amende par document manquant, et jusqu’à 1 000 000 pour absence de casque, torse nu ou pot d’échappement modifié. Détail qui coûte cher : en 2026, la photo du permis sur le téléphone n’est en général pas acceptée — il faut les originaux.

Le vrai risque n’est pourtant pas l’amende, c’est l’assurance. La plupart des contrats de voyage exigent que le conducteur soit légalement habilité à conduire le véhicule. Un accident sans permis valable, et la prise en charge médicale peut être refusée — dans un pays où une évacuation sanitaire se chiffre en dizaines de milliers d’euros. Casque obligatoire pour le conducteur et le passager, sans exception.

Deux mots sur la location elle-même, puisque c’est là que la surveillance de 2026 change la donne. Le loueur de rue qui accepte de vous confier un scooter sans permis international vous laisse aussi seul face au contrôle : le papier, ce n’est pas lui qui le présentera. Passer par un loueur qui documente la location ne remplace pas le permis — rien ne le remplace — mais évite au moins la machine mal entretenue louée sans contrat.

Grab et Gojek : là où ça marche, et là où ça ne marche pas

Les deux applications couvrent le sud et Ubud, avec des tarifs affichés d’avance : environ 15 000 à 25 000 roupies pour cinq kilomètres à moto, 50 000 à 80 000 en voiture. C’est simple, honnête, et cela règle la question des prix négociés. Mais il y a une limite que les guides mentionnent rarement, et qui gâche des soirées entières.

Plage de sable volcanique gris de Canggu à marée basse, avec les warung du village en arrière-plan, Bali
Canggu : les ruelles qui mènent à la plage sont à une voie, et elles saturent dès le milieu de l’après-midi. Photo : Mx. Granger · CC0

Dans certains quartiers, ces applications ne peuvent pas venir vous chercher. Le centre d’Ubud — autour du marché, du palais et de la forêt des singes —, les abords de plusieurs clubs de plage de Canggu et les zones proches des temples d’Uluwatu appliquent une interdiction de fait. Elle ne vient pas de l’État : chaque village balinais est organisé en banjar, et la communauté revendique le droit de régler le transport sur son territoire ; la coopérative de taxis locale y protège son activité. Concrètement, votre course est acceptée puis annulée, ou le chauffeur vous demande de le rejoindre plus loin.

Deux choses à retenir. D’abord, la dépose ne pose jamais problème : on peut toujours se faire déposer, c’est le ramassage qui coince. Ensuite, le contournement est simple — marchez deux ou trois cents mètres hors de la zone avant de commander, ou prenez un taxi local pour ce trajet-là. Ce n’est pas une arnaque, c’est une règle locale : la contourner discrètement va bien, la contester sur place ne mène nulle part.

Le chauffeur privé : ce que le tarif comprend, et ce qu’il ne comprend pas

Sept cent mille à neuf cent mille roupies pour dix à douze heures, essence et stationnement compris. À deux, cela met la journée autour de quatre cent mille roupies par personne : cher tous les jours, très raisonnable pour une grande boucle — les temples de l’est, les cascades du nord, un lever de soleil au Batur.

Ce que le tarif ne comprend pas, et qui surprend systématiquement : les droits d’entrée des sites (souvent plus que le chauffeur lui-même sur une journée chargée), le péage de l’autoroute — environ 13 000 roupies —, et le déjeuner du chauffeur, pour lequel l’usage veut qu’on prévoie 30 000 à 50 000 roupies. Ce n’est pas un supplément imposé, c’est une coutume ; l’ignorer se remarque. Le détail des droits d’entrée est dans notre calcul de budget sur quatorze jours.

Un mot sur la façon de réserver : un chauffeur trouvé par son hébergement ou recommandé coûte le même prix qu’une plateforme et connaît la route. Convenez de l’heure de fin avant de partir — au-delà de douze heures, le dépassement se facture, et c’est normal.

Louer une voiture soi-même : rarement le bon calcul

C’est le mode le plus rare chez les visiteurs, et pour de bonnes raisons. On conduit à gauche, la circulation est dense et régie par des usages plus que par le code, le stationnement est un problème permanent dans le sud, et le différentiel de prix avec un chauffeur est faible une fois l’essence payée. Pour un tarif comparable, quelqu’un d’autre conduit, se gare et connaît les raccourcis.

Falaise calcaire d’Uluwatu tombant sur un long train de vagues de reef, presqu’île du Bukit, Bali
Sur le Bukit, tout est loin de tout : c’est le secteur où l’on ne peut pas se passer d’un véhicule. Photo : CEphoto, Uwe Aranas · CC BY-SA 3.0

Il y a pourtant un cas où elle se défend : le nord et l’est, hors des villes. Sur la route de Munduk, d’Amed ou de Sidemen, le trafic disparaît, les distances redeviennent des distances, et l’autonomie a de la valeur. Si votre itinéraire fait le tour de l’île plutôt que la navette entre trois plages, la question mérite d’être posée — voyez notre itinéraire de deux semaines.

Si vous tranchez malgré tout pour la voiture, un point pratique : les loueurs locaux et les comptoirs d’aéroport ne pratiquent ni les mêmes prix ni les mêmes franchises, et l’écart se creuse au-delà de trois jours. Comparer les loueurs locaux avant l’arrivée évite surtout la caution en liquide, encore courante hors des grandes enseignes.

Les transports collectifs existent vraiment

On lit souvent qu’il n’y a « pas de transports en commun à Bali ». C’est faux, et c’est en train de changer. Le réseau public Trans Metro Dewata, suspendu du 31 décembre 2024 au 20 avril 2025 le temps de régler son financement et son transfert de l’État vers la province, circule de nouveau sur ses six lignes, avec un passage toutes les quinze à vingt minutes. Le prix est dérisoire, les bus sont climatisés, et les lignes desservent les grands axes du sud et Denpasar.

À côté, la navette Kura-Kura est une offre privée, pensée pour les visiteurs, qui relie les zones touristiques, les centres commerciaux et quelques sites. Les deux ont la même limite : elles suivent des axes, et l’essentiel de ce que vous voulez voir n’est pas sur un axe. Utilisez-les pour un trajet précis et prévisible, pas pour organiser un séjour.

Ne comptez pas non plus sur le métro annoncé : la première pierre de la ligne aéroport – Kuta – Seminyak – Berawa – Cemagi a été posée le 4 septembre 2024 pour une mise en service annoncée en 2028, mais en 2026 aucun chantier n’est visible.

Traverser vers les îles

Le bateau est un mode de transport à part entière ici. Depuis Sanur, dont le terminal moderne est en service par étapes depuis novembre 2022, Nusa Lembongan est à une trentaine de minutes de bateau rapide ; la traversée vers Nusa Penida coûte 150 000 à 250 000 roupies l’aller. Les rotations s’étalent grossièrement de six heures du matin à six heures du soir, et s’arrêtent totalement le jour de Nyepi.

Transats sous les arbres et penjor plantés sur le sable, lagon calme de Sanur, Bali
Sanur : le port des Nusa, et le seul endroit de l’île où marcher longtemps est agréable. Photo : Michelle Maria · CC BY 3.0

Vers les Gili et Lombok, le départ se fait plutôt de Padang Bai, à l’est : un bateau rapide met une heure trente à deux heures, à partir d’environ 400 000 roupies. Le ferry public vers Lembar, lui, met quatre à cinq heures, avec des départs toutes les soixante à quatre-vingt-dix minutes. Une précaution qui a sa place ici : le détroit de Lombok peut faire annuler une traversée, surtout de décembre à mars. Ne placez jamais une traversée le jour de votre vol international.

L’aéroport, à l’arrivée et au départ

Bonne nouvelle : Grab et Gojek opèrent tous les deux à Ngurah Rai — Grab avec un salon climatisé, Gojek avec des zones de prise en charge signalées. C’est en général l’option la moins chère et la moins discutée à l’arrivée. Les taxis officiels au comptoir sont plus chers mais immédiats, et un transfert réservé d’avance a le mérite de rendre le prix connu quand on atterrit à deux heures du matin avec des valises.

Six billets de roupies indonésiennes, de 1 000 à 100 000, alignés
Prévoyez du liquide : amendes, essence, stationnement et petits trajets se paient rarement par carte. Photo : EvanC0912 · domaine public

Deux réflexes pour le départ. D’abord, doublez le temps de trajet annoncé si vous partez de Canggu ou d’Ubud en fin d’après-midi : c’est exactement le créneau où une heure devient deux. Ensuite, gardez du liquide : essence, stationnement, petits trajets et amendes éventuelles se paient rarement par carte.

Pour le retour, la contrainte s’inverse : ce n’est plus le prix qui compte mais l’heure. Un vol au petit matin depuis le nord ou l’est de l’île se prépare la veille, et un transfert commandé à l’avance est ici moins une économie qu’une garantie — celle qu’un véhicule sera là à quatre heures, quand aucune application ne répond.

Quel mode pour quel séjour

Une semaine dans le sud, sans permis moto : Grab et Gojek pour tout, plus une ou deux journées de chauffeur privé pour Ubud et l’est. C’est la combinaison la plus courante, et elle marche.

Séjour long, avec permis moto et permis international : scooter à la semaine, complété par une voiture avec chauffeur les jours de grande distance ou de pluie. C’est le meilleur rapport liberté-prix — à condition d’avoir les deux documents en poche, pas au domicile.

En famille, avec de jeunes enfants : chauffeur privé les jours d’excursion, Grab en voiture le reste du temps, et une base d’où l’on peut marcher. Le scooter n’est pas une option raisonnable à trois sur une selle, quoi qu’on voie passer sur la route.

Petit budget : scooter si le permis le permet, Trans Metro Dewata sur les grands axes, et un séjour organisé autour de deux bases plutôt que d’une seule. Le poste transport est celui qui se comprime le plus facilement — le détail chiffré est dans notre budget de deux semaines, et le choix des périodes creuses dans notre guide mois par mois.

Moris Insider
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