Comparatif

Islande en hiver ou en été : la vraie différence n’est pas la température

Par l’équipe Moris Insider·22 août 2026·11 min de lecture

Entre janvier et juillet, Reykjavík gagne onze degrés — moins que l’amplitude annuelle de Berlin. Ce qui change d’un facteur cinq, c’est la lumière : 4 h 07 de jour au solstice d’hiver, 21 h 04 au solstice d’été. Et le critère qui devrait vraiment décider n’est ni l’un ni l’autre : c’est ce qui est ouvert. Les hautes terres et les grottes de glace naturelles n’ont aucun jour commun dans l’année. Voici le calendrier d’accès, saison par saison, et ce que chacune coûte.

L’écart de température est plus petit qu’à Berlin

Commençons par démonter le critère sur lequel presque tout le monde choisit. À Reykjavík, la moyenne de janvier est de 0 °C et celle de juillet de 11 °C : onze degrés d’amplitude annuelle. À Berlin, l’écart entre le mois le plus froid et le plus chaud atteint dix-neuf degrés.

Autrement dit : l’hiver islandais est plus doux qu’un hiver allemand, et l’été islandais n’est pas chaud. Le Gulf Stream tempère l’île dans les deux sens, et lui retire à la fois la rigueur de l’hiver continental et la chaleur de l’été. Un voyageur qui choisit sa saison sur l’axe « froid ou doux » choisit donc sur le critère qui varie le moins.

La conséquence pratique est immédiate, et elle simplifie la valise : on emporte à peu près les mêmes vêtements en juillet et en janvier — coupe-vent imperméable, couches chaudes, bonnet. En juillet, la moyenne monte à 16 °C le jour mais redescend à 9 °C la nuit, et un vent de face suffit à annuler la différence.

Reykjavík. Températures moyennes mensuelles ; durées de jour aux deux solstices. Heures locales.
JanvierJuillet
Température moyenne0 °C11 °C
Durée du jour au solstice4 h 0721 h 04
Lever – coucher au solstice11 h 20 – 15 h 302 h 55 – 0 h 03
Ensoleillement moyen par jour0,7 h6 h

Une colonne de ce tableau mérite d’être lue à part, et c’est celle qui décide vraiment.

Ce qui change d’un facteur cinq, c’est la lumière

Au solstice d’été, le soleil se lève à Reykjavík à 2 h 55 et se couche à 0 h 03 : vingt et une heures et quatre minutes de jour. Et pendant plusieurs semaines, la nuit noire disparaît complètement — le soleil descend sous l’horizon sans que le ciel s’éteigne. Au solstice d’hiver, le lever est vers 11 h 20 et le coucher vers 15 h 30 : quatre heures et sept minutes. Le rapport est de plus de cinq.

C’est ce chiffre-là qui change un voyage, et pas la température. En décembre, vous disposez d’une seule « journée » par jour, et elle dure quatre heures : une étape de trois heures de volant consomme presque toute la lumière disponible, et il faut construire l’itinéraire autour de cette contrainte plutôt que l’inverse. En juin, la lumière cesse d’être une contrainte — la seule limite devient votre propre fatigue, et elle arrive plus tard qu’on ne croit parce que rien dans le ciel ne dit qu’il est l’heure de rentrer.

L’ensoleillement suit le même écart : six heures de soleil par jour en moyenne en juillet, contre quarante-deux minutes en janvier. Les deux problèmes sont donc inverses et rarement anticipés : l’été, on peine à dormir ; l’hiver, on peine à faire.

Côte islandaise découpée dans la lumière rasante du soleil de minuit
Fin juin, la nuit noire n’existe plus pendant plusieurs semaines : le soleil descend sans disparaître. Photo : Eric Kilby · CC BY-SA 2.0

Le vrai critère : ce qui est ouvert

Voici le tableau qui devrait remplacer tous les comparatifs de météo. Il ne dit pas ce qu’il fera beau, il dit ce qui existe — et c’est la seule chose qu’une saison décide vraiment.

Le calendrier d’accès. Les fenêtres varient de quelques jours d’une année sur l’autre — celles des routes F se décident au printemps et se lisent sur umferdin.is.
Ce qu’on vient chercherFenêtre réelleSaison
Aurores boréalesdébut septembre → mi-avrilHiver
Grottes de glace naturellesdébut novembre → fin marsHiver
Routes F et hautes terresdébut juin → fin septembreÉté
Soleil de minuitfin mai → mi-juilletÉté
Macareuxmi-avril → fin aoûtÉté
Baleines à Húsavíkdébut avril → fin octobreÉté
Pneus hiver obligatoires1ᵉʳ novembre → 15 avrilHiver

Lisez la colonne du milieu deux fois. Les hautes terres et les grottes de glace naturelles n’ont aucun jour commun dans l’année. Les routes F ferment le plus souvent dans la seconde quinzaine de septembre ; les grottes naturelles ne deviennent stables qu’en novembre. Entre les deux, il y a six semaines où ni l’une ni l’autre n’est accessible.

C’est le point que la question « hiver ou été ? » masque. Les deux saisons ne sont pas deux intensités du même voyage, avec plus ou moins de confort : ce sont deux ensembles disjoints. On ne choisit pas un climat, on choisit une liste — et l’autre liste, on ne l’aura pas.

L’hiver : quatre heures de jour, et deux choses qu’on ne voit qu’alors

La saison des aurores court de fin août ou début septembre à la mi-avril. Elle n’est pas dictée par le froid mais par la durée de nuit noire : cinq à huit heures fin septembre, quatorze à seize heures en novembre et décembre. Le créneau utile va de 21 h à 2 h du matin environ.

Deux nuances valent d’être connues, parce qu’elles contredisent l’intuition. La première : le mois le plus sombre n’est pas le meilleur. Février est souvent cité comme le meilleur compromis — des nuits encore longues, mais une météo plus stable, donc davantage de ciels dégagés, et c’est le ciel dégagé qui manque le plus souvent, pas l’aurore. La seconde : selon les données de la NASA et de la NOAA, l’activité aurorale des mois d’équinoxe — mars-avril et septembre-octobre — est environ le double de celle des mois de solstice. Décembre a la nuit la plus longue, pas l’aurore la plus probable.

La deuxième exclusivité de l’hiver, ce sont les grottes de glace naturelles, de novembre à mars. Elles ne se forment et ne tiennent que sous un froid soutenu, et elles se referment au printemps. Un point n’est pas négociable et n’a rien d’une précaution commerciale : l’entrée sans guide agréé est interdite. La sécurité de chaque cavité est réévaluée quotidiennement par les opérateurs licenciés et l’Association des guides de montagne d’Islande, et une sortie s’annule sans préavis si la glace bouge. Une grotte de glace se réserve donc auprès d’un opérateur, jamais improvisée — c’est la seule chose de ce voyage qui ne peut pas se faire seul.

Silhouette d’un visiteur dans une grotte de glace bleue sous un glacier islandais
Une grotte de glace naturelle. C’est la seule chose de ce voyage qu’on ne peut pas faire seul : l’entrée sans guide agréé est interdite. Photo : Davide Cantelli · CC0

L’hiver, le risque n’est pas le froid : c’est le vent

La Route 1 est prioritaire au déneigement et reste ouverte toute l’année, sauf tempête sévère. La difficulté est ailleurs, et elle est climatique sans être thermique.

Au-delà de 25 m/s de vent soutenu, soit 90 km/h, les routes ferment aux véhicules hauts ; au-delà de 30 m/s, les restrictions concernent tout le monde. Une fermeture dure typiquement de six à vingt-quatre heures, et une seule tempête peut couper la Route 1 en trois ou quatre endroits le même jour. La section la plus souvent fermée est connue : les plaines de sable noir autour de Vík, où le vent lève des tempêtes de sable qui annulent la visibilité et abîment les carrosseries.

Neige balayée par le vent en travers d’une route islandaise, une voiture au loin
Ce n’est pas le froid qui ferme les routes islandaises, c’est le vent — et il transporte la neige en travers de la chaussée. Photo : Winniepix · CC BY 2.0

Deux obligations légales encadrent la saison. Les pneus hiver sont obligatoires du 1ᵉʳ novembre au 15 avril, avec une profondeur minimale de 3 mm ; les loueurs sérieux les montent d’office sur cette fenêtre. Les pneus cloutés sont autorisés sur exactement la même période et interdits en dehors — l’amende est de 20 000 ISK par pneu (tarif de mars 2026).

La conséquence pratique est la seule chose vraiment importante de cette section : un itinéraire d’hiver doit être élastique. Ne chaînez pas des nuits non remboursables dans six villes différentes ; gardez une journée de marge avant le vol de retour ; acceptez à l’avance qu’une étape saute. C’est aussi pour cela qu’il faut savoir que le règlement européen 261/2004 s’applique à l’Islande, via l’accord sur l’Espace économique européen : il couvre tous les vols au départ du pays, et ceux qui y arrivent sur une compagnie de l’Union. En cas d’annulation, de refus d’embarquement ou de retard de trois heures ou plus imputable au transporteur, une indemnisation est due, et elle se réclame ; l’organisme national de contrôle est Samgöngustofa. La météo, en revanche, est une circonstance extraordinaire : elle ouvre droit à la prise en charge, pas à l’indemnité.

Enfin, une recommandation que peu d’articles osent formuler. Si conduire quatre heures par jour sur une route enneigée, dans le noir, avec du vent de travers, ne vous tente pas — ne le faites pas. L’hiver se visite très bien en se basant à Reykjavík et en partant chaque jour vers le sud ou le Cercle d’Or avec un chauffeur. Un transfert depuis Keflavík et des excursions à la journée coûtent moins qu’une semaine de location, de protections et de carburant, et suppriment le seul vrai risque du voyage d’hiver.

L’été : vingt et une heures de jour, et l’intérieur de l’île

L’été ouvre une chose que l’hiver ne donne à aucun prix : les hautes terres. L’intérieur de l’Islande n’est desservi que par les routes F, des pistes interdites aux véhicules de tourisme et qui exigent un vrai 4x4, et elles ouvrent par étapes au fil de la fonte : la F35 du Kjölur en général début juin, la F208 vers Landmannalaugar entre le 10 et le 20 juin, la F26 du Sprengisandur fin juin ou début juillet, et l’intérieur lointain — Askja, Kverkfjöll — rarement avant juillet. Les dates ne se prévoient pas : elles sont fixées route par route par l’administration routière, et se lisent sur umferdin.is le matin même.

Montagnes de rhyolite colorées et vallée verte des hautes terres islandaises
Les hautes terres. Elles n’existent que de début juin à fin septembre, et pour personne d’autre que les vrais 4x4. Photo : Borvan53 · CC BY-SA 3.0

L’été ouvre aussi la faune. Les macareux arrivent à la mi-avril et repartent fin août ; la meilleure période est juin-juillet, quand ils nourrissent leurs poussins et se posent à découvert sur les falaises. La plus grande colonie du pays est à Látrabjarg, dans les fjords de l’Ouest, mais Vestmannaeyjar et Dyrhólaey sont bien plus accessibles. En hiver, ces oiseaux sont en pleine mer : il n’y a rien à voir, et aucune sortie n’en propose.

Macareux moine posé sur une falaise herbeuse au-dessus de la mer, en Islande
Les macareux arrivent à la mi-avril et repartent fin août. En hiver, ils sont en pleine mer. Photo : Aconcagua · CC BY-SA 3.0

Les baleines suivent un calendrier plus large — d’avril à octobre, avec une pointe de juin à août. Les opérateurs de Húsavík, sur la côte nord, annoncent des taux d’observation supérieurs à 95 % en pleine saison ; c’est un chiffre d’opérateurs, à prendre comme tel, mais la réputation de la baie de Skjálfandi n’est pas usurpée. Des sorties existent aussi depuis Reykjavík en hiver, avec des chances nettement moindres.

Ce que l’été coûte : la foule et le prix

Il faut mettre l’autre plateau de la balance. Août 2025 a été le mois le plus fréquenté de l’histoire du tourisme islandais : environ 313 000 départs de touristes étrangers par Keflavík, au-dessus du précédent record d’août 2018 ; juillet suivait à 302 000. Les trois mois de juin à août concentrent 37,4 % des départs de l’année — plus du tiers des visiteurs sur un quart du calendrier.

Le prix suit la même courbe, et l’écart est plus large qu’on ne l’imagine. Août est le mois le plus cher pour louer une voiture, environ 51 % au-dessus de la moyenne annuelle ; janvier, février et novembre sont les moins chers, et la pointe estivale peut atteindre le double de l’hiver pour la même voiture.

Mais donnons l’autre moitié du calcul, sans quoi le chiffre est trompeur. En hiver, beaucoup de voyageurs prennent un véhicule plus grand et mieux chaussé, ce qui reprend une partie de l’écart affiché. Et une ligne ne bouge pas du tout d’une saison à l’autre : la taxe kilométrique de 6,95 ISK par kilomètre, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, ne dépend ni du mois ni de l’énergie — elle ne départage donc pas les deux saisons, alors qu’elle pèse sur les deux.

La conclusion pratique est simple : l’écart entre deux mois dépasse largement l’écart entre deux loueurs. Il faut donc comparer sur vos dates réelles, en additionnant les totaux plutôt que trier sur un tarif d’appel — et, si vos dates sont souples, déplacer le voyage d’un mois rapporte plus que n’importe quelle recherche du bon prestataire.

Alors, laquelle ? — la réponse que peu d’articles donnent

Pour deux profils, il n’y a aucun débat, et c’est le tableau d’accès qui tranche. Si vous venez pour les hautes terres, Landmannalaugar, Þórsmörk, la randonnée, les macareux ou le soleil de minuit : c’est l’été, et rien d’autre — ces choses n’existent tout simplement pas en hiver. Si vous venez pour les aurores boréales et les grottes de glace naturelles : c’est l’hiver, et rien d’autre, pour la même raison exactement.

Reste le voyageur qui veut « voir l’Islande » sans exclusivité particulière — et c’est le plus nombreux. Pour lui, la vraie réponse n’est ni l’hiver ni l’été : c’est la mi-saison, et septembre en premier. Les deux premières semaines gardent les routes F ouvertes et environ treize heures de jour ; dans les deux dernières, la nuit noire revient à cinq ou huit heures et la saison des aurores commence, alors que les prix ont déjà quitté le pic d’août. C’est le seul moment de l’année où les deux ensembles se frôlent.

Son coût, dit franchement : la météo se dégrade, les dépressions atlantiques se rapprochent, la première neige tombe sur les hautes terres et les fermetures de routes F s’accélèrent dans la seconde quinzaine. On échange de la certitude contre de l’étendue.

Fin mars et début avril forment l’image inversée du même compromis : les aurores restent possibles jusqu’à la mi-avril, les journées rallongent vite, les prix sont encore bas — mais l’intérieur de l’île est toujours fermé, et il le restera deux mois de plus.

Une dernière chose, valable dans les deux saisons et souvent apprise trop tard. L’Islande ne récompense pas les itinéraires rigides. Quelle que soit la date choisie, prenez l’habitude de consulter chaque matin umferdin.is pour l’état des routes, vedur.is pour le vent et safetravel.is pour les alertes. Ce sont deux minutes, et ce sont les deux minutes qui séparent un voyage contrarié d’un voyage raté.

Moris Insider
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