Itinéraire

Itinéraire d’une semaine au Maroc : le désert vous prend trois jours sur sept, et il faut choisir

Par l’équipe Moris Insider·3 septembre 2026·13 min de lecture

Marrakech, Fès, le désert et Chefchaouen en sept jours : c’est le programme que l’on vous vendra, et il ne tient pas. Le désert est à 560 km de Marrakech, par un col à 2 260 m, et aucun train ne franchit le Haut Atlas — Marrakech est le terminus sud du réseau. Aller aux dunes et revenir, c’est 1 120 km : trois de vos sept jours. Voici l’itinéraire qui tient, et les deux qui ne tiennent pas.

💶 Transparence : cet article contient des liens partenaires. Si vous réservez par l’un d’eux, nous percevons une commission, sans surcoût pour vous. Cela ne change rien à nos recommandations, et chaque fois qu’une option gratuite ou moins chère existe, elle est citée avant le lien.

Le calcul que personne ne fait avant de réserver

Un itinéraire d’une semaine se juge à une seule chose : le nombre de kilomètres qu’il vous demande d’avaler. Pour le Maroc, ce nombre est connu et il est brutal. Le désert de Merzouga est à 560 km de Marrakech par la route. Aller et revenir, cela fait 1 120 km, et cette route franchit le Tizi n’Tichka, le plus haut col routier goudronné majeur d’Afrique du Nord, à environ 2 260 m.

Les lacets de la route qui remonte les gorges du Dadès entre les parois rouges
Les lacets du Dadès. C’est joli sur la photo, et c’est là que vos journées disparaissent : la route vers les dunes n’est pas une ligne droite. Photo : Mike Prince from Bangalore, India · CC BY 2.0
Ce que le désert prélève sur une semaine
PosteJours
Arrivée et départ (vols, transferts)1
Descente vers les dunes, nuit dans le désert, remontée3
Ce qu’il vous reste pour les villes3
Total7

Trois jours. C’est assez pour une ville et ce qui l’entoure — Marrakech et la vallée de l’Ourika, par exemple. Ce n’est pas assez pour deux médinas séparées par une demi-journée de train, et encore moins pour quatre villes. Voilà tout le problème des itinéraires qui circulent : ils comptent les étapes, pas les heures.

📌 Une honnêteté sur ce chiffre de 560 km, parce qu’il ne se referme pas tout seul. Les agences découpent la descente en trois étapes : Marrakech → Aït Ben Haddou 196 km, puis vallée du Dadès 110 km, puis Merzouga 164 km. Cela fait 470 km, pas 560. Les deux chiffres ne décrivent donc pas le même tracé — le second passe par des détours que le premier ignore. Nous publions les deux tels quels : additionner les étapes pour retomber sur 560 aurait été plus élégant et parfaitement faux.

⚠️ Nous ne publions aucun temps de route garanti. Les sources annoncent neuf à dix heures sans arrêt, et dix à quatorze heures avec arrêts, pour le même trajet. C’est un ordre de grandeur, pas une mesure : la durée dépend du col, de la saison, du trafic et de vous. Ce qui est mesurable, c’est la distance — alors c’est elle que nous donnons.

Ce que le train fait très bien, et où il s’arrête net

Le Maroc a un excellent train, et beaucoup de voyageurs le découvrent avec surprise. L’Al Boraq relie Tanger à Casablanca en un peu plus de deux heures, en atteignant 320 km/h entre Kénitra et Tanger, avec arrêts à Kénitra et Rabat Agdal. Sur l’axe atlantique, c’est plus rapide, moins cher et moins fatigant que la voiture.

Une locomotive de l’ONCF à quai en gare de Marrakech, sous les palmiers
La gare de Marrakech est le terminus sud du réseau ferré marocain. Au-delà du Haut Atlas, il n’y a pas de rails, et il n’y en aura pas. Photo : calflier001 · CC BY-SA 2.0

Puis il s’arrête. Marrakech est le terminus sud du réseau national. Aucune voie ferrée ne franchit le Haut Atlas vers Ouarzazate. Agadir non plus n’est pas desservie : elle figure au schéma directeur, pas sur les rails. Autrement dit, la moitié sud de votre itinéraire ne peut pas se faire en train, quelle que soit votre bonne volonté.

🟢 La bonne nouvelle, c’est que l’ONCF le sait et l’organise. Ses autocars Supratours prolongent les lignes là où le rail s’arrête, et ils sont pensés comme des correspondances, pas comme un pis-aller. Beaucoup de trajets « train jusqu’à Marrakech, autocar ensuite » se réservent d’un bloc.

📌 Et cela va changer, mais pas pour votre voyage. La ligne à grande vitesse Kénitra–Marrakech, 430 km, a été lancée en avril 2025 et sa mise en service est visée pour 2029, avant la Coupe du monde 2030. Elle mettra Tanger–Marrakech à 2 h 40, en faisant gagner 2 h 35. Faites la soustraction à l’envers et vous obtenez le trajet d’aujourd’hui : 2 h 40 + 2 h 35 = 5 h 15 de train pour traverser le pays du nord à Marrakech.

⚠️ En septembre 2026, le réseau est un chantier — et cela vous concerne dès l’aéroport

C’est le point que vous ne trouverez dans aucun guide imprimé, parce qu’il date de fin août 2026. Pour avancer sur cette même ligne à grande vitesse, l’ONCF a annoncé deux vagues d’adaptations en septembre 2026.

Adaptations annoncées par l’ONCF — septembre 2026
QuandCe qui change
Travaux du 5 septembre 23 h au 6 septembre 23 hTrain de l’aéroport suspendu, remplacé par des navettes Supratours · liaison directe Safi–Casablanca supprimée · desserte d’El Jadida limitée à Bouskoura · desserte de Settat suspendue · desserte de Khouribga limitée à Berrechid · retards possibles sur les Al Atlas
À partir du 14 septembreNouveau plan de transport : dessertes ajustées, horaires modifiés, services raccourcis, fermeture progressive des gares Facultés et Ennassim

Retenez la première ligne, c’est celle qui vous touche en descendant de l’avion : le train de l’aéroport peut ne pas circuler, et il est alors remplacé par des navettes routières. Si votre plan était « j’atterris et je prends le train », prévoyez une solution de repli.

🚱 Ce que nous ne vous dirons pas, parce que l’ONCF ne l’a pas dit. Le communiqué rattache la suspension du train de l’aéroport à la fenêtre du 5-6 septembre. Le contenu exact du plan qui démarre le 14 septembre n’est pas détaillé. Nous ne savons donc pas si ce train circule normalement le reste du mois, et nous n’allons pas l’inventer dans un sens ou dans l’autre. Vérifiez vos horaires sur les canaux officiels de l’ONCF avant de partir — c’est exactement ce que l’opérateur demande lui-même.

🟢 Commencez par l’option la moins chère, elle existe. Quand le train ne circule pas, les navettes Supratours de remplacement font le trajet, et le grand taxi reste la solution locale la plus courante, à négocier avant de monter. Ce n’est que si vous arrivez tard, avec des enfants ou beaucoup de bagages, qu’un transfert privé réservé à l’avance vaut son prix : vous savez qui vous attend et combien vous payez, un soir où le train ne roule peut-être pas.

L’itinéraire de sept jours qui tient debout

Un seul désert, deux villes, et la route comme partie du voyage plutôt que comme corvée. Voici la structure qui absorbe les 1 120 km sans les subir.

Le ksar d’Aït Ben Haddou, ses maisons de terre étagées sur la colline face à la palmeraie
Aït Ben Haddou, à environ 196 km de Marrakech. C’est la première étape naturelle si vous descendez vers le Sud — et une bonne raison de ne pas faire la route d’une traite. Photo : Petar Milošević · CC BY-SA 4.0
Sept jours, une boucle depuis Marrakech
JourPourquoi
1Arrivée à MarrakechLa journée est mangée par le vol et le transfert. Ne prévoyez rien.
2MarrakechLa médina le matin, quand elle est encore à ses habitants.
3Marrakech → Aït Ben HaddouEnviron 196 km et le Tizi n’Tichka. Le ksar mérite qu’on y dorme, pas qu’on le traverse.
4→ gorges du Dadès ou du TodraEnviron 110 km. C’est le plus beau tronçon, et le plus lent.
5→ Merzouga, nuit dans les dunesEnviron 164 km. L’erg Chebbi au coucher puis au lever du soleil.
6Remontée vers MarrakechLa journée entière. C’est le prix, il était annoncé.
7Marrakech, puis départUne dernière matinée, sans ambition.
Une grande dune orange de Merzouga, avec deux silhouettes minuscules sur la crête
L’erg Chebbi. Les deux silhouettes sur la crête donnent l’échelle, et expliquent pourquoi personne ne revient déçu des 560 km. Photo : Bjørn Christian Tørrissen · CC BY-SA 3.0

🟢 Avant de louer, sachez que vous n’êtes pas obligé. Les autocars CTM et Supratours desservent Ouarzazate et le Sud pour une fraction du prix d’une location, et un chauffeur revient souvent au même total qu’une voiture une fois le col, le carburant et le stationnement comptés — avec l’avantage que ce n’est pas vous qui conduisez le Tizi n’Tichka. La voiture ne gagne que dans un cas : si vous voulez vous arrêter où bon vous semble entre le ksar, le Dadès et le Todra. C’est ce cas-là, et lui seul, qui justifie de comparer les loueurs locaux au Maroc, en regardant le total avec assurance plutôt que le prix d’appel.

Les deux itinéraires qui ne tiennent pas, et pourquoi on vous les vend

① Marrakech + Fès + le désert. Fès est à l’autre extrémité de l’axe impérial, le désert au sud du Haut Atlas, et les deux ne sont pas sur le même chemin. Vous passerez la semaine à faire des trajets et vous rentrerez en ayant vu trois gares et deux hôtels.

Chefchaouen, la ville bleue du Rif, vue d’en haut avec la montagne derrière
Chefchaouen est superbe, et elle est à l’autre bout du pays. C’est la ville que tous les itinéraires d’une semaine ajoutent, et celle qu’il faut retirer. Photo : Badr Rachadi · CC BY-SA 4.0

② Marrakech + le désert + Chefchaouen. Chefchaouen est dans le Rif, au nord, et le désert au sud-est : c’est la diagonale complète du pays. La ville bleue est superbe et elle mérite un voyage — elle ne mérite pas d’être ajoutée. Nous ne publions pas de distance ni de durée pour ce trajet, parce que nous ne les avons pas vérifiées ; ce que nous savons suffit à trancher : le train ne descend pas plus bas que Marrakech, et Chefchaouen est encore plus haut que Tanger sur la carte.

📌 Pourquoi ces programmes existent ? Parce qu’un itinéraire se vend sur une liste de noms, et qu’une liste de quatre noms paraît plus généreuse qu’une liste de deux. La contrainte, elle, ne se voit pas sur la brochure : elle apparaît le quatrième jour, dans une voiture.

Deux choses à régler avant de partir

① Votre passeport, et pas votre carte d’identité. C’est un changement que beaucoup ignorent encore : la carte nationale d’identité n’est plus acceptée à l’entrée du territoire marocain, y compris en voyage organisé. Il faut un passeport valide. En revanche les ressortissants de soixante-neuf pays — dont la France, la Belgique, la Suisse, le Canada et la plupart des pays de l’Union européenne — entrent sans visa pour un séjour touristique de quatre-vingt-dix jours consécutifs.

② Vos données mobiles, parce que le Maroc n’est pas dans l’Union européenne. L’itinérance incluse dans un forfait européen ne s’applique pas ici, et la facture d’itinérance classique monte vite.

🟢 Commencez par ne rien acheter : le wifi est partout. Riads, cafés, restaurants, gares : dans les villes, une semaine entière se traverse sans une seule donnée mobile. Le sujet ne devient sérieux que sur la route du Sud, entre le col et les dunes, là où il n’y a ni wifi ni panneau et où l’on aimerait vérifier où l’on est. Si c’est votre cas, une eSIM activée avant le départ s’installe depuis chez vous et évite la file au comptoir de l’aéroport le jour où le train ne roule pas.

📌 Un chiffre pour situer votre voyage : le Maroc a reçu 19,8 millions de visiteurs en 2025, en hausse de 14 %, pour 124 milliards de dirhams de recettes, en hausse de 19 %. Ce sont deux records. Concrètement : réservez la nuit dans le désert plus tôt que vous ne le pensiez, et visitez les grands sites de Marrakech en tout début de matinée.

En résumé

Si vous ne deviez retenir que cinq choses :

Le désert est à 560 km de Marrakech par un col à 2 260 m : 1 120 km aller-retour, soit trois de vos sept jours. Aucun train ne franchit le Haut Atlas — Marrakech est le terminus sud, la suite se fait en autocar, en voiture ou avec un chauffeur. En septembre 2026 le réseau est un chantier : train de l’aéroport suspendu les 5 et 6 septembre, nouveau plan de transport à partir du 14 — vérifiez vos horaires aux canaux officiels. En sept jours, prenez un désert et deux villes ; Fès et Chefchaouen sont pour un autre voyage. Passeport obligatoire, carte d’identité refusée, et pas de visa pendant quatre-vingt-dix jours pour soixante-neuf nationalités.

Moris Insider
Le magazine de voyage Moris Insider : des guides écrits pour être utiles, vérifiés avant d’être publiés.

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