Dix jours, c'est la durée juste pour un premier séjour à La Réunion : assez pour voir le lagon, deux cirques, le volcan et le Sud sauvage — à condition de ne pas passer son temps à refaire les mêmes routes. Cet itinéraire est celui que nous conseillons autour de nous : trois camps de base au lieu d'un hôtel différent chaque soir, les panoramas le matin avant les nuages, la mer l'après-midi. Chaque étape renvoie vers les principaux sites de l’île, avec l'accès, les conseils de locaux et la météo du jour.
La logique de l'île, avant le programme
Trois règles font réussir un séjour réunionnais. Un : la météo se lit à la verticale — l'ouest est sec et ensoleillé, l'est arrosé, et tout ce qui est panorama (Maïdo, volcan, sommets) se joue à l'aube, avant que les nuages ne montent des côtes en milieu de matinée. Deux : les trajets se comptent en heures, pas en kilomètres — une route de cirque, c'est des centaines de virages, et les refaire deux fois est un jour de perdu. Trois : on rayonne depuis des camps de base — l'ouest d'abord, le sud ensuite, l'est pour finir. Notre page La Réunion résume les régions ; l'itinéraire qui suit les enchaîne dans l'ordre qui minimise la route.
Jours 1 à 3 — l'Ouest : lagon, Maïdo, baleines
Posez vos valises côté Saint-Gilles, L'Hermitage ou La Saline : c'est la côte sous le vent, la plus sèche, et le seul secteur où la baignade est simple. Rappel qui ne souffre aucune exception : on ne se baigne que dans les zones autorisées — les lagons protégés par le récif, les espaces aménagés avec filet et les plages surveillées par les vigies, comme Boucan Canot ou Roches Noires. Le premier jour se passe dans l'eau : palmes-masque-tuba au-dessus des coraux de L'Hermitage, fin de journée à La Saline, coucher de soleil sur la plage.

Le deuxième jour, lever à 5 h pour le Maïdo : à 2 205 mètres, le balcon sur Mafate montre les îlets mille mètres plus bas, et il se bouche presque toujours en fin de matinée. Redescendez ensuite vers Saint-Leu — lagon étroit et poissonneux, Kélonia et ses tortues marines, parapentes qui tournoient au-dessus de la baie. Le troisième jour appartient à l'océan : de juin à octobre, les baleines à bosse longent la côte — on les voit depuis le sentier du cap La Houssaye ou la pointe au Sel, et de plus près en bateau avec un opérateur qui respecte la charte d'approche.
Jours 4 et 5 — Cilaos, au bout des 400 virages
La montée à Cilaos par la RN5 est un voyage en soi : une route taillée dans le rempart, réputée pour ses quelque quatre cents virages, qui se faufile dans les gorges du Bras de Cilaos avant de déboucher face aux remparts. Partez le matin, arrêtez-vous aux belvédères, et comptez large — c'est une route qui se déguste. Là-haut : le village et ses thermes, les lentilles et le vin de Cilaos, les cases créoles, et l'Îlet à Cordes pour le bout du monde.

Le cinquième jour, deux options selon vos jambes. Les marcheurs aguerris partent pour le Piton des Neiges : nuit au gîte de la Caverne Dufour réservée longtemps à l'avance, montée de nuit à la frontale, lever de soleil à 3 070 mètres — le point le plus haut de l'océan Indien, au-dessus d'une mer de nuages. Les autres choisissent une randonnée plus douce vers la Roche Merveilleuse ou une matinée canyoning dans les ravines, encadrée par des professionnels. Dans les deux cas, redescendez dans l'après-midi vers le sud : votre deuxième camp de base vous attend vers la Plaine des Cafres.
Jours 6 et 7 — le volcan, puis le Sud sauvage
Le sixième jour est celui du Piton de la Fournaise, et il commence de nuit : la route forestière du volcan traverse la Plaine des Sables — un désert de scories que l'on croirait martien — avant de finir au Pas de Bellecombe, face à l'enclos. Si les sentiers sont ouverts, la randonnée classique vers le balcon du cratère Dolomieu fait environ 12 km aller-retour, 5 heures à 5 h 30 de marche et 550 mètres de dénivelé ; l'accès dépendant de l'activité du volcan, vérifiez les conditions de la zone Volcan le matin même — froid à l'aube, brume en fin de matinée, aucune ombre dans l'enclos.

Le septième jour descend vers le Sud sauvage, le littoral le plus spectaculaire de l'île : les falaises de lave battues par l'océan, la route des laves au Grand Brûlé — où l'on roule entre les coulées refroidies qui ont traversé la RN2 —, les plantations de vanille autour de Saint-Philippe, l'Anse des Cascades et ses chutes d'eau face à la mer. C'est aussi le pays des tunnels de lave, qui se visitent uniquement avec un guide professionnel. Pour enchaîner ces arrêts sans zigzaguer, tracez votre itinéraire à l’avance : il est minuté sur les vraies routes, et il part dans votre agenda.
Jours 8 et 9 — Salazie, le cirque le plus vert
Cap au nord-est pour le troisième camp de base. La route de Salazie remonte une vallée où les cascades tombent de partout — dont le Voile de la Mariée, que l'on admire depuis un simple arrêt sur la route. Au fond du cirque, Hell-Bourg, classé parmi les plus beaux villages de France, aligne ses cases créoles à lambrequins et ses jardins luxuriants : flânez, visitez une case, goûtez un cari dans une table créole. Le neuvième jour, poussez vers la forêt de Bébour-Bélouve et le belvédère du Trou de Fer — un gouffre où plusieurs cascades se jettent dans le vide —, ou vers les bassins de Sainte-Suzanne côté littoral.

Variante pour les marcheurs : remplacez ces deux jours par Mafate — le cirque sans route, où l'on entre uniquement à pied ou en hélicoptère. Deux jours et une nuit suffisent pour une première fois : montée vers La Nouvelle ou Marla, nuit en gîte (réservez tôt), redescente le lendemain. C'est l'expérience la plus forte que propose l'île, et elle se mérite.
Jour 10 — Saint-Denis, marchés et derniers caris
Gardez la capitale pour la fin : la rue de Paris et ses cases créoles, le Jardin de l'État, les marchés couverts pour les épices, la vanille et les rhums arrangés à glisser dans la valise. Si votre avion décolle tard, un dernier détour par le marché forain de Saint-Paul, en bord de mer, ferme la boucle là où l'île est née. Et si vous n'avez que sept jours : sacrifiez l'est et Salazie, jamais le volcan ni Cilaos — ou revenez, ce que font la plupart des gens qui ont vu l'île une fois.
Un mot sur la table, qui fait partie de l'itinéraire au même titre que les paysages. Le midi, faites comme les Réunionnais : samoussas, bonbons piment et bouchons achetés au bord de la route, ou barquette de cari mangée face à un point de vue. Le dimanche, l'île entière déjeune dehors, sous les kiosques et les filaos — joignez-vous-y, c'est là qu'on rencontre les gens. Et dans les cirques, réservez au moins un dîner en table d'hôtes : le cari y sort du feu de bois, et les histoires avec.
Le mot du local
Un itinéraire réussi à La Réunion n'est pas celui qui coche le plus de lieux : c'est celui qui monte tôt, qui accepte de renoncer quand la brume est là, et qui garde de la place pour l'imprévu — un habitant qui vous envoie vers une table créole ou un bassin que les guides ignorent.
