Le Piton de la Fournaise, 2 632 mètres, est l'un des volcans les plus actifs de la planète — et l'un des rares que l'on peut approcher à pied, sur des sentiers balisés, sans être alpiniste. Encore faut-il savoir par où monter, à quelle heure, et ce que l'on a le droit de faire selon l'humeur du volcan : l'accès change plusieurs fois par an, au rythme des éruptions. Voici le guide complet, écrit par des locaux : la route du volcan, la randonnée du Pas de Bellecombe au balcon du Dolomieu, les règles d'accès en vigueur cette année et la bonne façon de voir une éruption.
Comprendre la Fournaise : un volcan qu'on peut approcher
Si l'on peut randonner sur un volcan aussi actif, c'est parce que la Fournaise est un volcan effusif : ses laves fluides s'écoulent en coulées et en fontaines, sans les grandes explosions des volcans gris. La plupart des éruptions se produisent dans l'enclos Fouqué, une caldeira en fer à cheval ouverte sur l'océan, que les sentiers dominent depuis ses remparts. C'est ce spectacle — un désert de laves figées de huit kilomètres de large, avec le cône sommital au milieu — qui vous attend au Pas de Bellecombe.

Le volcan est surveillé en continu par l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, et l'accès est réglé par la préfecture : dès qu'une éruption s'annonce, l'enclos ferme ; quand le volcan se rendort, les sentiers rouvrent, parfois partiellement. La dernière éruption a commencé le 13 février 2026 et s'est achevée au début du printemps ; depuis le 7 mai 2026, le volcan est en phase de vigilance et l'enclos est partiellement rouvert. Notre page La Réunion présente les régions de l'île et où loger pour être au bon endroit la veille de la montée.
La route du volcan : le voyage est déjà le but
Tout commence à Bourg-Murat, sur la Plaine des Cafres, où la route forestière du volcan quitte la RN3. C'est aussi là que se trouve la Cité du Volcan, le musée consacré à la Fournaise : une bonne première étape pour comprendre ce que vous verrez là-haut — et un excellent plan de repli un jour de pluie. La route s'élève ensuite pendant une trentaine de kilomètres, et chaque belvédère mérite l'arrêt : le Nez de Bœuf domine la vallée encaissée de la Rivière des Remparts, puis le cratère Commerson ouvre son puits vertigineux au bord de la route.

Vient alors le moment que personne n'oublie : au Pas des Sables, la route bascule sur la Plaine des Sables, un désert de scories ocre et noires que la piste traverse tout droit. Arrêtez-vous, coupez le moteur, marchez dix minutes : le silence y est total. La route se termine au Pas de Bellecombe, à plus de 2 300 mètres, face à l'enclos. Le gîte du Volcan, à proximité, permet de dormir sur place pour être au rempart avant le lever du soleil.
La randonnée : du Pas de Bellecombe au balcon du Dolomieu
L'itinéraire classique fait environ 12 km aller-retour, pour 5 heures à 5 h 30 de marche et quelque 550 mètres de dénivelé positif. On descend d'abord le rempart par un escalier taillé dans la paroi, on passe au pied du Formica Léo — ce petit cône rouge parfaitement dessiné —, puis le sentier traverse les coulées jusqu'à la chapelle de Rosemont, une bulle de lave en forme d'oratoire, avant de monter régulièrement vers le rebord du cratère Dolomieu. Le balcon d'arrivée domine un gouffre de plus de 300 mètres : le fond du cratère s'est effondré d'un coup en avril 2007, laissant ces parois stratifiées vertigineuses.

Depuis la réouverture partielle de l'enclos, deux itinéraires seulement sont autorisés dans la partie haute : le sentier Rivals vers le cratère Caubet, et le sentier menant au site d'observation du Dolomieu par le nord. Le sentier Kapor reste interdit, une partie étant recouverte par la coulée de 2026. Les marques blanches peintes sur la lave sont votre fil d'Ariane : quand la brume tombe — et elle tombe vite —, elles sont tout ce qui vous ramène. Pour caler cette journée dans votre séjour sans refaire deux fois la même route, prévoyez votre trajet à l’avance, du littoral jusqu'au parking du Pas de Bellecombe.
Préparer sa montée : météo, équipement, bon sens
La règle d'or tient en une phrase : au volcan, tout se joue avant 10 heures. Le ciel est presque toujours dégagé au lever du jour, puis les nuages montent des côtes et avalent l'enclos en milieu de matinée. Les habitués quittent le littoral de nuit pour être au Pas de Bellecombe à l'aube — c'est aussi l'heure des plus belles lumières sur la Plaine des Sables. Deuxième règle : il fait froid, vraiment. À plus de 2 300 mètres, les petits matins d'hiver austral passent sous les 10 °C, gel compris, même quand il fait 25 °C sur la plage d'où vous partez.
Dans le sac : deux litres d'eau par personne — il n'y a ni source ni ombre dans l'enclos —, coupe-vent, polaire, casquette et crème solaire (le soleil d'altitude brûle vite, même voilé), et de vraies chaussures de marche : la lave est abrasive et roulante. Avant de monter, vérifiez les conditions du jour de la zone Volcan : température à l'aube, vent, pluie et prévisions à six jours, zone par zone. Et si le jour prévu s'annonce bouché, gardez un créneau de repli dans la semaine — le volcan mérite qu'on le voie.
Voir une éruption — et marcher sur les anciennes
Quand la Fournaise entre en éruption, l'enclos ferme aussitôt — mais le spectacle ne disparaît pas : il se regarde depuis les points hauts situés hors de l'enclos, sur le rempart, comme le Piton de Bert, où les Réunionnais montent en famille, thermos et couvertures sous le bras. La nuit, quand les fontaines de lave embrasent le ciel, on comprend pourquoi toute l'île se déplace. Si une éruption se produit pendant votre séjour, respectez les fermetures à la lettre : elles suivent l'activité réelle du volcan, pas un principe de précaution abstrait.
Le reste de l'année, ce sont les traces des éruptions passées qui se visitent. Au Grand Brûlé, la route des laves longe les coulées qui ont traversé la RN2 pour rejoindre l'océan — on roule littéralement entre les laves refroidies, dont celle de 2007. Le sentier des Laves, au départ de la RN2 par le chemin de pêcheur du Grand Cap, mène à la limite nord de la coulée de 2026. Et les tunnels de lave de la coulée de 2004, rouverts depuis le 6 mai 2026, s'explorent uniquement avec un guide professionnel : sous la surface, la lave a creusé des galeries aux parois vitrifiées qui comptent parmi les plus belles au monde.
Dernier conseil d'organisation : le volcan se combine très bien avec le Sud sauvage. Montez à l'aube, redescendez en début d'après-midi par la RN3, et gardez la fin de journée pour la route des laves ou une plantation de vanille du côté de Saint-Philippe. Pensez aussi à faire le plein — de carburant comme de pique-nique — avant de quitter Bourg-Murat : au-delà, il n'y a plus ni station ni commerce, et la journée est longue entre le départ de nuit et le retour au littoral.
Le mot du local
La Fournaise se mérite et se respecte. Trois réflexes font toute la différence : partir de nuit pour arriver à l'aube, renoncer sans regret si la brume est déjà là — le volcan sera encore là demain, pas votre créneau météo —, et ne jamais quitter les sentiers balisés, ni pour une photo, ni pour « couper ». Les accidents du volcan ont presque tous la même histoire : quelqu'un qui a quitté les marques blanches.
Et gardez une trace de votre montée : notez vos impressions et vos photos au fil de la journée — du premier virage de la Plaine des Sables au balcon du Dolomieu.
