Guide de local

Anaga : la forêt de lauriers, les sentiers et les villages du bout de Tenerife

Par l'équipe Moris Insider·24 août 2026·9 min de lecture

À vingt minutes de Santa Cruz commence un autre monde. Le massif d'Anaga, pointe nord-est de Tenerife, empile des crêtes déchiquetées, des vallées qui tombent droit dans l'Atlantique, des hameaux accrochés à flanc de falaise — et une forêt de lauriers née bien avant les glaciations, que l'on traverse dans la brume des alizés. L'UNESCO en a fait une réserve de biosphère en 2015, et le massif revendique l'une des plus fortes concentrations d'espèces endémiques d'Europe. C'est le contrepoint exact du sud balnéaire : ici, pas de front de mer aménagé — des sentiers, des miradors et des villages où le temps a une autre épaisseur. Voici comment s'y prendre, permis du Bosque Encantado compris.

Une forêt d'avant les glaciations

La laurisilva d'Anaga est un vestige : cette forêt subtropicale humide couvrait le bassin méditerranéen il y a des millions d'années, avant que les glaciations ne la rayent du continent. Elle n'a survécu que sur les îles de la Macaronésie — Canaries, Madère, Açores. Lauriers des Canaries, bruyères arborescentes hautes comme des arbres, troncs gantés de mousse, lichens qui pendent en barbes : l'ambiance tient du conte, surtout quand la brume s'en mêle — c'est-à-dire souvent. Le mécanisme est simple et beau : les crêtes accrochent les nuages poussés par les alizés, et la forêt boit cette humidité toute l'année. Concrètement, pour le marcheur, cela signifie brume fréquente, crachin possible et sentiers glissants, même quand Costa Adeje rôtit au soleil ; notre guide quand partir à Tenerife explique cette île à plusieurs climats simultanés.

Cruz del Carmen, la porte d'entrée

Tout commence à Cruz del Carmen, à un quart d'heure de La Laguna sur la route des crêtes : un centre d'accueil du parc, un mirador qui domine la vallée jusqu'au Teide par temps clair, et le départ du sentier des sens (Sendero de los Sentidos), une boucle courte et familiale dans la laurisilva, en partie accessible, jalonnée de stations sur les sons, les textures et les odeurs de la forêt. On y prend la mesure du lieu en une heure, cartes des sentiers en main — le centre d'accueil renseigne sur l'état réel des chemins, ce qui vaut de l'or après la pluie. Bonne nouvelle pour les voyageurs sans voiture : la ligne de bus Titsa 273 monte de l'échangeur de La Laguna jusqu'ici. De Cruz del Carmen rayonnent ensuite les grands itinéraires du massif, dont le PR-TF 10 vers l'océan.

Le Bosque Encantado : le sentier qui se mérite

Le plus convoité des sentiers d'Anaga s'appelle officiellement El Pijaral, et tout le monde le surnomme le Bosque Encantado — la forêt enchantée. C'est une réserve naturelle intégrale, et elle se visite sous conditions : permis gratuit et nominatif, quota de 45 personnes par jour, réservation sur la plateforme du Cabildo (centralreservas.tenerife.es ou l'appli Tenerife ON, une demande couvrant jusqu'à 5 personnes). Les créneaux ouvrent chaque lundi à 7 h, heure canarienne, pour des dates de 14 à 56 jours plus tard — le même rituel que pour le sommet du Teide, et les places du week-end partent vite. Le permis numérique sur téléphone suffit, avec une pièce d'identité au nom de la réservation ; randonner sans autorisation coûte 600 € d'amende, et les contrôles existent. La récompense : la laurisilva dans son état le plus dense, racines tordues, brouillard entre les troncs, et des trouées soudaines sur les roques d'Anaga. Si les créneaux sont épuisés, consolez-vous sans regret : le reste du massif se marche librement, et il est somptueux.

PR-TF 10 : de la crête à l'océan par Chinamada

Une maison-grotte habitée de Chinamada, hameau troglodytique du parc rural d'Anaga, Tenerife
Chinamada : une trentaine de maisons-grottes toujours habitées, creusées dans le tuf à 600 m au-dessus de l'océan. Photo : Tuxyso · CC BY-SA 3.0

S'il ne fallait qu'une randonnée, ce serait celle-là. Le PR-TF 10 part de Cruz del Carmen et descend tous les étages du massif jusqu'à l'océan. La laurisilva d'abord, puis les cultures en terrasses, et enfin Chinamada, hameau posé sur un replat à environ 600 mètres d'altitude : une trentaine de maisons-grottes creusées dans le tuf volcanique, toujours habitées — façades blanches en avant, pièces fraîches taillées dans la roche derrière. Le dernier tronçon est le plus spectaculaire : un sentier taillé dans la falaise qui dévale vers Punta del Hidalgo, avec la côte nord en contre-plongée tout du long. Comptez une bonne demi-journée, dans le sens de la descente de préférence ; en bas, les lignes 050 et 105 ramènent vers La Laguna et Santa Cruz — c'est l'une des rares grandes randonnées de l'île qui se boucle proprement en transports publics.

La côte nord d'Anaga vue du sentier PR-TF 10 entre Chinamada et Punta del Hidalgo, Tenerife
Entre Chinamada et Punta del Hidalgo : le sentier suspendu au-dessus de l'Atlantique. Photo : H. Zell · CC BY-SA 3.0

Taganana, Benijo : le versant qui tombe dans l'Atlantique

La vallée de Taganana et les roques d'Anaga au loin, versant nord du massif, Tenerife
Le versant de Taganana depuis la route qui descend d'El Bailadero : vignes en terrasses, hameaux et roques plantés dans l'océan. Photo : Christoph Strässler · CC BY-SA 4.0

De l'autre côté de la crête, la route bascule à El Bailadero et descend en lacets vers Taganana, le grand village historique du versant nord, entouré de vignes en terrasses qui donnent des blancs et des rouges de caractère. En contrebas, le littoral aligne Roque de las Bodegas et Almáciga, plages de sable noir aimées des surfeurs, avec leurs terrasses de poisson grillé face aux vagues — l'océan y est puissant, sans surveillance la plupart du temps : on se baigne près du bord, jamais seul. Au bout de la route, le mirador au-dessus de Benijo offre l'un des paysages les plus sauvages des Canaries, les roques noirs d'Anaga plantés dans l'Atlantique. Mais sachez-le avant de descendre l'escalier : la plage de Benijo elle-même est fermée depuis environ deux ans pour risque d'éboulements, et les travaux restaient à l'arrêt à l'été 2026 — on admire d'en haut, point. Notre guide des plages de Tenerife détaille ce littoral et ses précautions. Sans voiture, la ligne 946 relie Santa Cruz à Taganana et Almáciga par San Andrés.

Taborno, Chamorga : les hameaux du bout du monde

Le troisième visage d'Anaga, ce sont ses hameaux de crête, desservis par des routes qui n'en finissent pas de tourner. Taborno, une poignée de maisons sur un éperon, fait face au Roque de Taborno, un piton si bien découpé que les randonneurs l'ont surnommé le « Cervin de Tenerife » ; une boucle facile en fait le tour, panoramas vertigineux garantis. Tout au bout du massif, Chamorga est le dernier village avant le phare d'Anaga — le bout de la route, littéralement, où la ligne 947 monte depuis Santa Cruz par El Bailadero. Entre les deux, la route des crêtes égrène les miradors : Pico del Inglés au-dessus de la mer de nuages, Jardina face à la vega de La Laguna. Aucun de ces noms n'est un « incontournable » au sens des brochures, et c'est précisément leur valeur : on y voit la vie rurale canarienne telle qu'elle continue, potagers en terrasses et chiens qui dorment au milieu de la route. Roulez lentement, garez-vous aux emplacements prévus — les hameaux n'ont pas été dessinés pour nos voitures.

Organiser sa journée (ou ses deux jours)

En une journée : Cruz del Carmen et le sentier des sens le matin, pique-nique aux miradors de la crête, Taganana et le mirador de Benijo l'après-midi — c'est la boucle classique, magnifique et faisable sans se presser. En deux jours : ajoutez le PR-TF 10 jusqu'à Punta del Hidalgo, et le Bosque Encantado si vous avez décroché le permis un lundi matin. Trois réflexes de local pour finir. Un : partez tôt — la lumière est plus belle, les routes vides, et la brume souvent plus clémente avant midi. Deux : lisez le ciel par versant, pas pour l'île entière ; si la crête est bouchée, le littoral de Taganana peut être au soleil, et inversement. Trois : de vraies chaussures, une couche chaude et de l'eau — la montagne d'Anaga est basse en altitude mais exigeante, et les secours y sont loin. Anaga se combine naturellement avec La Laguna, l'ancienne capitale classée à l'UNESCO, à un quart d'heure de Cruz del Carmen : le jour 7 de notre itinéraire d'une semaine à Tenerife les marie exactement ainsi, et notre guide que faire à Tenerife replace le massif parmi les incontournables de l'île.

Moris Insider
Le guide et la carte de Tenerife, co-créés avec des locaux. Les vrais spots, au bon moment, avec la météo du jour.

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