Tenerife est une île qu'on croit connaître en trois jours et qu'on découvre en sept. Les 2 034 km² cachent un volcan de 3 718 mètres, une forêt de lauriers née avant les glaciations, des falaises de plusieurs centaines de mètres, deux ou trois climats simultanés et des villages qui n'ont rien demandé au tourisme. Voici notre itinéraire d'une semaine, rodé sur place : une boucle en deux camps de base — quatre nuits au sud-ouest, trois au nord — qui enchaîne les incontournables sans transformer les vacances en rallye. Avec, surtout, les deux réservations qui se jouent des semaines à l'avance et les pièges à éviter.
La logique de l'itinéraire : deux camps de base, zéro journée gaspillée
Tenerife se joue par versants : le sud est sec et balnéaire, le nord vert et historique, et la montagne fait un troisième pays à elle seule. Plutôt que de rayonner depuis un point unique en avalant des kilomètres, cet itinéraire pose deux camps de base : les nuits 1 à 4 dans le sud ou l'ouest (Costa Adeje, Los Cristianos, ou plus calme vers Alcalá), les nuits 5 à 7 côté nord (Puerto de la Cruz ou La Orotava). On déménage une seule fois, au meilleur moment — la route entre les deux traverse justement ce qu'il faut voir.
Deux choses se réservent longtemps à l'avance, et c'est le seul vrai devoir de préparation. Le permis du sommet du Teide (sentier Telesforo Bravo) : nominatif, payant depuis 2026 — 15 € pour les non-résidents —, il se prend sur tenerifeon.es où chaque lundi à 7 h, heure canarienne, s'ouvre une semaine de créneaux jusqu'à 56 jours à l'avance ; ils partent en quelques heures. Et la descente du barranco de Masca, sur réservation obligatoire depuis avril 2025. Tout le reste s'improvise — c'est même recommandé : ici, la journée se choisit le matin selon le versant qui a le beau ciel, comme l'explique notre guide quand partir à Tenerife.
Jour 1 — Le sud, les pieds dans le sable doré
Atterrissage à Tenerife Sud, voiture récupérée, et un premier jour volontairement léger : le décalage entre l'avion du matin et le premier bain doit tenir en une heure. Cap sur La Tejita, l'une des plus longues plages naturelles de l'île, adossée au cône ocre de la Montaña Roja — du sable clair, de l'espace, zéro béton. À côté, El Médano vit au rythme du vent : c'est le spot de kitesurf de référence, et son front de mer décontracté fait un parfait premier déjeuner. Fin d'après-midi vers votre camp de base, coucher de soleil depuis le front de mer de Los Cristianos ou la Caleta d'Adeje. Pour choisir vos plages du séjour, notre guide des plages de Tenerife fait le tri entre sable noir et sable doré.
Jour 2 — Le Teide, du lever au ciel étoilé

Partez tôt : la montée depuis le sud traverse la mer de nuages avant d'émerger dans la caldeira de Las Cañadas, un décor lunaire à 2 000 mètres. Le téléphérique hisse en huit minutes à 3 555 mètres (42 € aller-retour pour un adulte non-résident — réservez le premier créneau, l'air y est le plus net) ; de la station haute, deux belvédères s'atteignent librement. Le sommet lui-même, à 3 718 mètres, exige le permis du sentier Telesforo Bravo réservé des semaines plus tôt — sans lui, on ne dépasse pas la barrière, et les contrôles sont réels. Redescendus, marchez au pied des Roques de García, la silhouette la plus photographiée du parc. Restez pour le coucher de soleil au-dessus des nuages, puis pour les étoiles : le parc est l'un des meilleurs ciels d'Europe. Notre guide complet de l'ascension du Teide détaille permis, sentiers et météo d'altitude.
Jour 3 — Los Gigantes, Masca : la côte ouest verticale
La journée des falaises. À Los Gigantes, des parois sombres tombent de plusieurs centaines de mètres dans une mer souvent d'huile — le meilleur point de vue gratuit est le mirador d'Archipenque, au-dessus de la marina. Puis la route grimpe vers Masca, hameau accroché à son piton dans le massif du Teno, au bout d'une route en lacets qui se mérite (klaxonnez court dans les virages aveugles, les locaux le font). La fameuse descente du barranco jusqu'à l'océan ne s'improvise plus : réservation obligatoire sur le site officiel depuis avril 2025 — 40,66 € par adulte non-résident, casque et assurance inclus, 25 personnes par créneau de 30 minutes, enfants de moins de 8 ans refusés — et la sortie se fait en bateau vers Los Gigantes, billet en supplément. Sans créneau, le village, ses terrasses et la route panoramique justifient déjà le détour. Baignade de fin de journée à Playa de la Arena ou dans les criques d'Alcalá, sable noir et eau claire.
Jour 4 — Baleines le matin, farniente l'après-midi
Le bras de mer entre Tenerife et La Gomera héberge une population résidente de globicéphales — des baleines-pilotes visibles toute l'année, ce qui est rarissime — et des grands dauphins ; la zone est certifiée site du patrimoine des baleines depuis 2021, une première en Europe. Embarquez le matin depuis Los Gigantes ou Puerto Colón, quand la mer est la plus calme, et choisissez un opérateur autorisé arborant le pavillon officiel d'observation : approche lente, moteur coupé, pas de baignade avec les animaux. Comptez deux à trois heures en mer. L'après-midi appartient aux plages de Costa Adeje — El Duque pour le confort, Diego Hernández pour la crique sauvage — ou au snorkeling dans les criques de l'ouest. C'est la journée soupape de l'itinéraire : elle absorbe aussi bien un réveil tardif qu'une envie de ne rien faire.
Jour 5 — Garachico et Icod : la bascule vers le nord

Jour de déménagement — par le haut. La route quitte l'ouest par Santiago del Teide (fin janvier-février, ses amandiers en fleur sont un spectacle) et bascule sur la côte nord. Garachico fut le grand port de l'île jusqu'à ce que l'éruption de 1706 comble sa baie ; la lave qui l'a ruiné lui a laissé El Caletón, des piscines naturelles limpides où l'on se baigne quand l'océan le permet — par houle forte, contentez-vous du spectacle, l'Atlantique ne négocie pas. Le bourg, lui, est un des plus beaux de Tenerife : places ombragées, couvents, pierre volcanique. À vingt minutes, Icod de los Vinos aligne son centre historique et son drago légendaire, un dragonnier géant vieux de plusieurs siècles — le millénaire qu'on lui prête est discuté, sa silhouette ne l'est pas. Installation au camp de base nord pour trois nuits.
Jour 6 — Puerto de la Cruz, La Orotava et le sable noir

Puerto de la Cruz est la doyenne des stations de l'île, et ça se sent — dans le bon sens : un vrai centre-ville canarien, un port de pêche, des terrasses où l'on entend parler espagnol. Montez ensuite à La Orotava, dix minutes plus haut : la vieille ville étage ses demeures à balcons de bois sculpté au-dessus de la vallée la plus fameuse de l'île, celle qui arracha des superlatifs à Humboldt. L'après-midi, gagnez El Bollullo : vingt minutes à pied entre les bananeraies, et une crique de sable noir posée sous les falaises, eau turquoise sur roche sombre. La houle du nord impose sa loi — baignez-vous près du bord et jamais seul. Soirée guachinche si la saison s'y prête : ces tables familiales servent le vin de la propriété et une cuisine sans carte ni chichis — l'expérience la plus locale de tout le voyage.
Jour 7 — Anaga, la forêt d'avant les glaciations, puis La Laguna

Gardez le plus dépaysant pour la fin. Le massif d'Anaga, à la pointe nord-est, concentre crêtes acérées, hameaux perchés et une laurisilva — forêt de lauriers héritée de l'ère tertiaire — qu'on traverse dans la brume des alizés. Commencez au centre d'accueil de Cruz del Carmen et son sentier des sens, puis descendez la route vertigineuse vers Taganana et la côte. Au mirador au-dessus de Benijo, les roques noirs plantés dans l'Atlantique composent l'un des paysages les plus sauvages des Canaries — mais sachez-le : la plage elle-même est fermée depuis deux ans pour cause d'éboulements, et les travaux de sécurisation restaient bloqués à l'été 2026 ; on admire depuis le haut, on ne descend pas. Sur la route de l'aéroport, offrez deux heures à La Laguna, l'ancienne capitale classée à l'UNESCO en 1999 : son damier de rues coloniales a servi de modèle aux villes du Nouveau Monde. Si le vol part tôt, inversez : Anaga se place au jour 6 et le nord au jour 7 — notre guide que faire à Tenerife donne d'autres briques interchangeables.
Adapter l'itinéraire : 5 jours, enfants, sans voiture
En 5 jours : sacrifiez le jour 4 (baleines) et fusionnez les jours 6 et 7 — Puerto de la Cruz le matin, Anaga l'après-midi, La Laguna en route vers l'avion. Avec des enfants : l'itinéraire tient tel quel en allégeant le jour 3 (le barranco de Masca est interdit aux moins de 8 ans et long pour les autres — préférez le village) ; le téléphérique, les piscines de Garachico et les globicéphales sont des valeurs sûres à tout âge. Sans voiture : soyons honnêtes, l'itinéraire complet n'existe pas en bus — Titsa relie très bien les villes et même le Teide une fois par jour, mais ni Masca ni les criques ni Anaga à l'aube. Si la location est exclue, basez-vous à Puerto de la Cruz, faites Teide, Anaga et La Laguna en excursions et transports publics, et acceptez de laisser l'ouest pour une autre fois. Dernier conseil, le plus important : consultez la météo par versant chaque matin et permutez les jours sans état d'âme — c'est l'île qui décide, et elle récompense ceux qui savent changer de programme.
