Un circuit Bangkok – nord – îles, c’est environ 1 500 kilomètres du premier au dernier hôtel. La plupart des itinéraires de quinze jours publiés en ligne alignent huit étapes et oublient de compter ce que coûte le passage de l’une à l’autre : trois journées pleines, parfois quatre. Celui-ci les compte, en récupère une en dormant dans le train, et pose franchement l’arbitrage que personne n’assume — ce qu’il faut sacrifier. Une seule décision ne vous appartient pas : la côte sur laquelle vous finirez dépend du mois, pas de vos goûts.
Ce que quinze jours permettent vraiment
Entre l’aéroport de Bangkok et une plage du sud, il y a environ mille cinq cents kilomètres. C’est la distance de Paris à Lisbonne, et un séjour de quinze jours doit la parcourir dans un sens, en s’arrêtant en chemin. Cette contrainte-là ne se négocie pas : elle décide du nombre d’étapes possibles, et tout le reste en découle.
La règle qui marche est simple : trois étapes principales, pas quatre. Une capitale, un nord, un sud. Chaque étape supplémentaire coûte une demi-journée à l’arrivée — retrouver l’hôtel, comprendre le quartier, refaire ses courses — et une demi-journée au départ. Ajoutez deux étapes de plus et vous avez consommé deux jours entiers en logistique pure, sans avoir rien vu de neuf.
La deuxième règle est moins intuitive : comptez les journées de transport comme des journées. Un vol intérieur « d’une heure vingt » consomme en réalité de six à sept heures depuis le moment où l’on quitte l’hôtel jusqu’à celui où l’on entre dans le suivant. Le tableau ci-dessous en compte trois — grisées, pour qu’on ne puisse pas les oublier.
L’itinéraire, étape par étape
| Jours | Étape | Nuits | Comment on y va | Durée |
|---|---|---|---|---|
| J1 – J3 | Bangkok | 3 | arrivée internationale | — |
| J3 | Ayutthaya (à la journée) | — | train depuis Krung Thep Aphiwat | ≈ 1 h |
| J3 → J4 | Train de nuit vers le nord | 1 (dans le train) | train n°9, 18:40 → 07:15 | 12 h 15 |
| J4 – J6 | Chiang Mai | 3 | arrivée en gare au petit matin | — |
| J7 – J8 | Pai | 2 | minivan, terminal Arcade | ≈ 3 h |
| J9 | Retour Chiang Mai, puis vol au sud | 1 | minivan + vol intérieur | 3 h + ≈ 2 h |
| J10 – J14 | Les îles (Andaman ou golfe) | 5 | ferry depuis le continent | 1 h 30 – 2 h |
| J15 | Retour vers Bangkok | — | vol intérieur | ≈ 1 h 20 |
Quinze nuits, trois étapes, une nuit gagnée dans le train. Notez que la seule excursion du circuit — Ayutthaya — ne coûte aucune nuit : c’est ce qui la rend possible dans un séjour aussi tendu.
Bangkok et Ayutthaya : trois nuits, pas deux
La tentation, quand le temps manque, est de réduire Bangkok à deux nuits et de filer vers le nord. C’est une erreur de calcul, pas de goût. La première journée d’un vol long-courrier avec cinq à six heures de décalage n’est pas une journée de visite : elle se passe en apnée, et ce qu’on y voit ne reste pas. Trois nuits donnent deux vraies journées.
La première suffit au cœur historique — le Grand Palais et le Wat Phra Kaeo tôt le matin, avant la chaleur et les cars, puis le Wat Pho à quelques minutes de marche, et la traversée du fleuve en bateau public plutôt qu’en taxi : c’est le trajet le plus agréable de la ville, et le moins cher.
La deuxième va à Ayutthaya, ancienne capitale du royaume de Siam, rasée en 1767 et laissée en ruines. Le train met environ 55 minutes, avec seize liaisons quotidiennes et un billet à quelques dizaines de bahts : c’est l’une des excursions les plus rentables d’Asie du Sud-Est. On loue un vélo à la sortie de la gare et l’on circule entre les temples.
Une précision qui décide de la journée : les ruines sont en briques nues, sans ombre, sur un site étendu. Y arriver à midi, c’est y renoncer au bout d’une heure. Partir au premier train change tout.
La nuit qui ne coûte pas une journée
C’est la meilleure idée de cet itinéraire, et elle a plus d’un siècle. Le soir de la journée d’Ayutthaya, on rentre à Bangkok, on récupère ses sacs et l’on prend le train de nuit. Le train n°9 part à 18:40 et arrive à Chiang Mai à 07:15, soit douze heures et quart. Le trajet ne consomme aucune journée : il consomme une nuit d’hôtel, qu’il remplace.

Prenez le n°9 plutôt que le n°13. Ses voitures, mises en service en 2016, sont électriques, nettement plus silencieuses et mieux tenues ; le n°13 part plus tard (20:05, arrivée 08:40) avec du matériel diesel plus ancien et plus bruyant. Une couchette basse de 2ᵉ classe climatisée coûte environ 1 050 THB. Prenez une couchette basse : elle est un peu plus chère, plus large, et surtout elle a une fenêtre — la couchette haute n’en a pas.
🔴 Et voici le fait qui fait rater le train. Depuis le 19 janvier 2023, les trains grandes lignes des lignes Nord, Nord-Est et Sud ne partent plus de la gare historique de Hua Lamphong mais de Krung Thep Aphiwat, également appelée Bang Sue, à une dizaine de kilomètres au nord. Hua Lamphong ne conserve que la ligne Est et quelques services particuliers. Beaucoup de guides, de blogs et de plans encore en ligne indiquent l’ancienne gare : s’y présenter avec un billet pour Chiang Mai, c’est perdre son train et sa nuit.
Dernier point : ces couchettes se vendent des semaines à l’avance en haute saison. C’est, avec le vol intérieur, la seule chose de ce séjour qui se réserve vraiment tôt.
Chiang Mai : trois nuits, et ce qu’on en fait
On arrive à 07:15, ce qui laisse la journée entière — encore un bénéfice du train. Chiang Mai est une ancienne cité fortifiée, dont la vieille ville tient dans un carré d’un mille et demi de côté entouré de douves : tout s’y fait à pied, et c’est reposant après Bangkok.

Trois nuits se répartissent naturellement. Une journée pour la vieille ville et ses temples — le Wat Phra Singh, le Wat Chedi Luang et son stupa éventré par un séisme au XVIe siècle — puis le Doi Suthep en fin d’après-midi, quand la lumière tombe sur la vallée. Une deuxième pour sortir de la ville : le parc national du Doi Inthanon, point culminant du pays, ou un sanctuaire d’éléphants. Sur ce dernier point, une seule règle vaut : un établissement qui propose de monter sur un éléphant n’est pas un sanctuaire, quel que soit le mot qu’il emploie dans son nom. La troisième journée sert au marché de nuit du dimanche si le calendrier tombe bien, ou à un cours de cuisine — le seul souvenir de Thaïlande qui se rapporte vraiment chez soi. Ces trois-là se réservent en ligne quelques jours à l’avance — Klook couvre correctement le nord.
⚠️ Une réserve saisonnière, et elle est sérieuse. De fin février à avril, le nord traverse sa saison des feux : le ciel est sec et bleu sur le papier, et la vallée disparaît sous une brume brune. Si votre séjour tombe dans cette fenêtre, notre guide des saisons en Thaïlande détaille les chiffres — ils sont sans appel — et la solution reste la même : décaler, ou raccourcir le nord.
Pai, et la question des 762 virages
À trois heures de route au nord-ouest, dans une vallée entourée de montagnes, Pai est le contrepoint du circuit : rien à visiter, et c’est le programme. Des minivans partent du terminal Arcade toutes les heures de 06:30 à 17:30, pour 150 à 250 THB au guichet.
La route compte 762 virages — le chiffre est exact, il est même devenu une plaisanterie locale imprimée sur les t-shirts — et le mal des transports y est la règle plutôt que l’exception. Trois précautions valent mieux qu’un mauvais souvenir : une place à l’avant, un petit-déjeuner léger, et un comprimé pris trente minutes avant le départ, pas au premier virage.
Deux nuits suffisent : le canyon au coucher du soleil, les sources chaudes, une boucle en scooter dans la vallée. Un mot sur ce scooter, parce qu’il est la première cause d’accident de voyageur en Thaïlande : le permis international de catégorie A est exigé, l’assurance de voyage ne couvre presque jamais un conducteur sans permis valide, et les 762 virages ne sont pas un terrain d’apprentissage.
Si Pai ne vous tente pas, ces deux nuits se replacent parfaitement à Chiang Rai ou dans le sud, une île de plus n’étant jamais du temps perdu.
Le sud : la seule décision que la météo prend à votre place
C’est ici que la plupart des itinéraires se trompent, en recommandant Phuket ou Krabi à longueur d’année. Or les deux côtes thaïlandaises ne pleuvent pas en même temps : elles sont en opposition de mousson. La règle, mesurée mois par mois dans notre guide des saisons, tient en une ligne : d’octobre à avril, la côte Andaman ; de mai à septembre, le golfe.

Version Andaman (octobre → avril). Vol de Chiang Mai vers Krabi, environ deux heures en direct. De là, Koh Lanta est la meilleure base pour cinq nuits : longue, tranquille, avec de vraies plages et un rythme qui n’est pas celui de Phuket. Le ferry part de Klong Jilad et rejoint Saladan en 90 minutes (Ao Nang Princess, Andaman Wave) à 120 minutes sur le ferry en bois Lanta Naga, pour 12 à 20 $ par personne et par trajet. Railay, accessible seulement en bateau à longue queue, et une journée aux Phi Phi complètent bien le séjour. ⚠️ Si vous rêviez des Similan, sachez que le parc national ferme chaque année d’environ mi-mai à mi-octobre : ce n’est pas une option de saison humide.

Version golfe (mai → septembre). C’est l’arbitrage qui sauve les vacances d’été européennes, et presque personne ne le fait. En novembre, Phuket reçoit 195 mm de pluie et Koh Samui 445 ; en juillet et août, le rapport s’inverse exactement. Vol de Chiang Mai vers Koh Samui ou Surat Thani, puis ferry vers Koh Phangan ou Koh Tao. Koh Tao reste l’un des endroits les moins chers au monde pour passer un premier niveau de plongée, et l’eau y est claire précisément pendant les mois où l’Andaman est brassée.
Sukhothai : le sacrifice assumé
Un article honnête doit dire ce qu’il retire. Cet itinéraire laisse de côté Sukhothai, première capitale du Siam au XIIIe siècle et, de l’avis de beaucoup, le plus beau site archéologique du pays — plus paisible qu’Ayutthaya, et fait pour être parcouru à vélo entre les bassins.

Pourquoi le retirer, alors ? Parce qu’il n’est pas sur le chemin. Le train de nuit passe à Phitsanulok, à une heure de route du site, à une heure du matin ; l’insérer proprement demande une nuit à Sukhothai, une demi-journée de trajet, et fait sauter soit Pai, soit une nuit d’île. En quinze jours, l’ajouter transforme un voyage en course.
Si vous disposez de dix-huit à vingt jours, c’est en revanche la première chose à réintégrer, avant toute autre étape — deux nuits sur place, en coupant la remontée vers le nord. Et si vous devez choisir entre Ayutthaya et Sukhothai sans avoir le temps des deux : Ayutthaya pour la facilité d’accès, Sukhothai pour la beauté du site.
Les erreurs qui coûtent une journée
Se présenter à Hua Lamphong. La plus coûteuse de toutes, et la plus fréquente : depuis 2023, les trains du nord partent de Krung Thep Aphiwat. Vérifiez la gare inscrite sur le billet, pas celle du blog qui vous a inspiré le trajet.
Réserver un vol intérieur trop serré après un ferry. Les traversées sont annulées quand la mer se lève, et une île n’a pas d’autre sortie. Prévoyez une nuit sur le continent avant un vol international, jamais un enchaînement le jour même.
Compter le vol intérieur pour sa durée de vol. Une heure vingt en l’air, c’est six à sept heures d’hôtel à hôtel. C’est une journée, et le tableau plus haut la compte comme telle. Un transfert réservé d’avance (Kiwitaxi) ne raccourcit évidemment pas le vol : il supprime la file de taxis à l’arrivée, soit la demi-heure la plus facile à récupérer.
Vouloir Chiang Mai et Chiang Rai et Pai. Le nord seul absorberait quinze jours. En choisir un, et y rester, donne un meilleur voyage que les traverser tous les trois.
Choisir sa côte au hasard. C’est la seule erreur de cette liste qui ne se rattrape pas sur place : arriver à Koh Samui en novembre ou à Krabi en septembre, c’est cinq nuits sous la pluie que le calendrier annonçait.
Réserver les quinze nuits à l’avance. Sauf en très haute saison, seuls le train de nuit et les vols intérieurs le méritent. Le reste se trouve sur place, souvent mieux et moins cher — et laisse la liberté de rester deux nuits de plus là où l’on se sent bien.
