Itinéraire

Le Cercle d’Or en Islande : le seul itinéraire où vous ne choisissez pas quoi voir

Par l’équipe Moris Insider·26 août 2026·11 min de lecture

Trois sites, 235 kilomètres, une boucle fermée : le Cercle d’Or est le seul itinéraire d’Islande où le contenu ne se décide pas. Tout le monde voit la même chose, dans le même ordre, souvent à la même heure. Les deux seules variables qui vous restent — l’heure de départ et l’ordre des arrêts — sont donc aussi les seules qui font la différence entre une journée mémorable et trois parkings pleins. Voici la boucle en chiffres, ce que chaque arrêt demande réellement, et le moment où il faut partir.

Une demi-journée déguisée en journée

Commençons par le chiffre que les guides mentionnent rarement en tête : la boucle entière représente 3 h 40 de volant et environ 3 heures de visite. Six heures quarante, au total, pour une journée qu’on vous vend en huit.

Ce n’est pas une critique du Cercle d’Or, c’est sa description exacte. Trois sites, une boucle fermée de 235 kilomètres, entièrement goudronnée sur son axe principal, au départ de Reykjavík. Voici comment elle se répartit.

La boucle du Cercle d’Or, tronçon par tronçon. Les temps sur place sont ceux d’une visite complète, sans course : c’est la somme qui compte, et elle tient dans une demi-journée.
TronçonDistanceAu volantSur place
Reykjavík → Þingvellir45 km45 min1 h 30
Þingvellir → Geysir60 km1 h45 min
Geysir → Gullfoss10 km10 min45 min
Gullfoss → Reykjavík120 km1 h 45
Total de la boucle235 km3 h 403 h

Lisez la dernière ligne comme une contrainte, pas comme un programme : il vous reste une à deux heures à remplir, et la manière dont vous les remplissez décide de votre journée bien plus que l’ordre des trois grands sites. Si vous les laissez vides, elles se rempliront toutes seules — en file d’attente, en recherche de place de parking, et en photos prises par-dessus des épaules.

Deuxième chiffre, tout aussi rarement mis en avant : les trois sites sont gratuits. Þingvellir, Geysir et Gullfoss ne se paient pas, sentiers compris. Ce que vous payez tient en deux stationnements — 1000 ISK à Þingvellir pour un véhicule jusqu’à cinq places (1200 ISK de six à neuf places) et environ 1000 ISK à Geysir. Le stationnement de Gullfoss est gratuit. Le coût réel du Cercle d’Or, c’est la voiture et la journée, pas les entrées — et c’est le calcul du budget d’une semaine qui donne le vrai ordre de grandeur.

Les trois arrêts, et ce que chacun demande vraiment

Les trois sites portent le même nom sur toutes les cartes, mais ils ne se visitent pas du tout de la même façon. Deux d’entre eux sont mal compris, et le troisième est plus court qu’on ne le croit.

Þingvellir — comptez 1 h 30, et sachez que l’histoire y précède la géologie. Tout le monde vient pour la faille, et la faille est là : Almannagjá est le bord de la plaque nord-américaine, un mur de lave que le sentier longe sur plus d’un kilomètre. Mais ce n’est pas pour cela que Þingvellir est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004. C’est parce que l’Alþingi, l’assemblée islandaise, y a siégé à partir de 930 et jusqu’en 1798 — près de neuf siècles — et que la république y a été proclamée le 17 juin 1944. La plaine que la plupart des visiteurs traversent sans la regarder est le parlement le plus ancien du monde encore en activité.

Sentier aménagé entre les parois de lave de la faille d’Almannagjá à Þingvellir
Almannagjá, à Þingvellir : le bord de la plaque nord-américaine, aménagé en sentier. C’est aussi le lieu où l’Alþingi siégeait — l’histoire y précède la géologie. Photo : Gerd Eichmann · CC BY-SA 4.0

Concrètement : garez-vous au parking supérieur, descendez Almannagjá jusqu’au Lögberg, et accordez-vous le détour de dix minutes vers Öxarárfoss au fond de la faille. Si vous plongez, Silfra — la fissure remplie d’eau de fonte filtrée par la lave, où l’on nage entre deux plaques — se réserve à l’avance et occupe une demi-journée à elle seule : ce n’est pas un arrêt du Cercle d’Or, c’est un autre programme.

Geysir — comptez 45 minutes, et sachez que ce n’est pas Geysir que vous photographiez. Le Grand Geysir, celui qui a donné son nom à tous les geysers du monde, est aujourd’hui quasi dormant. La colonne d’eau que tout le monde attend, appareil levé, c’est Strokkur, son voisin, qui jaillit toutes les 5 à 10 minutes avec une régularité de métronome.

La bulle bleue du geyser Strokkur au moment exact de l’éruption
Strokkur, une seconde avant le jet. C’est lui qu’on photographie toutes les cinq à dix minutes — pas le Grand Geysir, qui donne son nom au site mais ne jaillit presque plus. Photo : Eric Kilby · CC BY-SA 2.0

Cette régularité change la façon de visiter : vous n’avez rien à attendre longtemps, et la bonne place n’est pas devant le bassin mais légèrement au-dessus, dos au vent — la vapeur retombe, et elle est brûlante. Le champ géothermique alentour, avec ses vasques bleues et ses mares de boue, mérite les vingt minutes qu’à peu près personne ne lui accorde.

Gullfoss — comptez 45 minutes, et descendez. La chute d’or, celle qui donne son nom à toute la boucle, tombe en deux paliers successifs de 11 puis 21 mètres avant de disparaître dans un canyon si étroit que, depuis le belvédère du haut, l’eau semble s’enfoncer dans le sol. Le point de vue du parking supérieur est le plus photographié ; celui d’en bas, au bout du sentier, est le seul où l’on ressente l’échelle réelle. Une stèle rappelle Sigríður Tómasdóttir, la fille du propriétaire qui s’est battue au début du XXe siècle contre un projet hydroélectrique qui aurait noyé la chute. Gullfoss existe encore en partie grâce à elle.

Le seul vrai levier, c’est l’heure — l’ordre ne vient qu’ensuite

Voici le point qui décide de votre journée, et il n’a rien à voir avec l’itinéraire.

Les autocars quittent Reykjavík entre 8 h et 9 h et arrivent sur les sites à partir de 10 h, presque tous dans le même ordre : Þingvellir, puis Geysir, puis Gullfoss. Ils repartent en fin d’après-midi. Entre 10 h et 16 h, les trois parkings sont pleins et les sentiers sont des files.

Foule compacte de visiteurs massés en demi-cercle autour du geyser Strokkur
Le même geyser, à 11 h. Rien dans cette photo n’est évitable en changeant d’itinéraire : la seule variable qui la fait disparaître, c’est l’heure. Photo : Diego Delso · CC BY-SA 4.0

Regardez cette photo : elle n’a aucun rapport avec un mauvais itinéraire. C’est le même geyser que sur l’image précédente, au même endroit, à une heure différente. Rien dans un tracé ne fait disparaître cette foule — seule l’heure le fait.

Deux stratégies fonctionnent, et elles sont symétriques.

① Passer devant. Départ de Reykjavík vers 7 h 30, ordre classique — Þingvellir, Geysir, Gullfoss. Vous avez Þingvellir presque pour vous, vous croisez la vague à Geysir et vous êtes à Gullfoss quand elle y arrive. C’est la stratégie la plus simple, et la seule qui reste possible en hiver.

② Passer derrière. Départ vers 14 h ou 15 h, ordre inversé — Gullfoss d’abord par la route 35 en passant par Selfoss, puis Geysir, puis Þingvellir en fin de journée. Vous arrivez sur chaque site au moment où les autocars viennent d’en repartir. En été, le soleil de minuit rend cette boucle du soir non seulement praticable mais superbe : la lumière rasante de 21 h sur Gullfoss n’a rien à voir avec celle de midi.

⚠️ Un mot sur le vocabulaire, parce qu’il fait échouer le conseil. Beaucoup de guides recommandent de faire la boucle « dans le sens antihoraire » — mais les sources ne s’accordent pas sur ce que désignent « horaire » et « antihoraire » ici, et l’on trouve les deux mots pour décrire le même trajet. C’est pourquoi cet article nomme les arrêts plutôt que le sens : commencer par Þingvellir, ou commencer par Gullfoss. Un conseil qu’on peut appliquer à l’envers sans s’en apercevoir ne vaut rien.

Deux détails qui coûtent peu et rapportent beaucoup : évitez les samedis de juillet et août, où la foule locale s’ajoute à la foule touristique — un mardi est nettement plus calme à saison égale. Et si vous conduisez, prenez le véhicule la veille au soir : c’est ce qui rend le départ de 7 h 30 réellement possible, au lieu de le passer dans une file d’agence. Comparer des totaux sur vos dates réelles demande quelques minutes et évite la mauvaise surprise des options facturées à part — le détail est dans notre guide de la location en Islande.

Le quatrième arrêt : c’est lui qui fait votre journée

Reprenons le trou de la première partie : une à deux heures disponibles. Voici ce qui s’y glisse sans casser la boucle, classé par ce que ça demande réellement.

Les cinq arrêts qui s’ajoutent sans casser la boucle. Les tarifs des bassins géothermiques ne sont pas cités : ils n’ont pas été vérifiés le jour de la publication.
ArrêtDétourCe que ça coûteCe que ça demande
Keriðaucun, il est sur la 35600 ISK, stationnement gratuit30 min
Brúarfoss10 min depuis la 37750 ISK de stationnement5 min de marche, et de la patience pour la lumière
Friðheimar, les serres de tomatesaucun, il est sur la 35un repasune réservation, obligatoire — c’est complet très souvent
Secret Lagoon, à Flúðir25 min aller-retourune entrée1 h 30, change compris
Laugarvatn Fontanaaucun, il est sur la 37une entrée1 h 30, change compris

Un mot sur chacun, parce que les cinq ne se valent pas selon ce que vous cherchez.

Le cratère de Kerið et son lac turquoise cerné de scories rouges
Kerið, sur la route 35 : trente minutes, 600 couronnes, aucun détour. Le meilleur rapport temps/effet de la boucle. Photo : Diego Delso · CC BY-SA 4.0

Kerið est le meilleur rapport temps/effet de la boucle : un cratère volcanique de scories rouges rempli d’un lac turquoise, 600 couronnes, trente minutes, et il est sur la route 35 — c’est-à-dire sur le chemin du retour si vous rentrez par Selfoss, ou sur le chemin de l’aller si vous faites la boucle dans l’autre sens. Aucun détour, un site entier.

Brúarfoss demande plus d’engagement pour une récompense plus incertaine : depuis le nouveau parking (750 ISK), cinq minutes de marche suffisent, mais la cascade ne montre son bleu extraordinaire que par bonne lumière. Par ciel couvert, c’est une jolie chute parmi cent.

Friðheimar est le seul arrêt de cette liste qu’il faut réserver, sans exception : on y déjeune à l’intérieur d’une serre de tomates chauffée à la géothermie, et les places partent très en avance. Se présenter sans réservation, c’est repartir. C’est aussi, accessoirement, la meilleure illustration de ce que la géothermie fait à ce pays.

Secret Lagoon, à Flúðir, et Laugarvatn Fontana sont les deux bassins géothermiques de la boucle. Comptez 1 h 30 chacun, change compris — c’est un vrai arrêt, pas une halte. Nous ne citons pas leurs tarifs : ils n’ont pas été vérifiés le jour de la publication, et un prix approximatif est pire qu’une absence de prix.

La règle est simple : un seul de ces cinq arrêts, pas trois. Le Cercle d’Or avec quatre arrêts est une journée réussie ; avec sept, c’est une journée de parking.

L’hiver ne change pas la route, il change le budget-temps

Contrairement à une idée répandue, l’hiver ne ferme pas le Cercle d’Or. L’axe principal est goudronné et entretenu toute l’année, et la boucle est l’un des rares itinéraires islandais qui reste praticable en janvier sans matériel particulier.

Gullfoss en février, canyon enneigé et eau turquoise entre les plaques de glace
Gullfoss en février. La route est la même ; c’est la quantité de lumière qui a changé, et elle décide de tout le reste. Photo : Pierre-Selim Huard · CC BY 4.0

Ce qui change, c’est la seule ressource qui ne se négocie pas : la lumière. En décembre et janvier, il ne reste que quatre à cinq heures de jour utile — lever vers 11 h, coucher vers 15 h 30. La boucle demande 3 h 40 de conduite : autrement dit, votre journée entière tient dans une fenêtre de lumière à peine plus longue que le temps de route. Le moindre retard se paie en visitant un site à la lampe frontale.

Trois conséquences pratiques, et elles suffisent.

Partez avant le lever du soleil, vers 9 h : la première heure se fait de nuit sur une route dégagée, et vous arrivez à Þingvellir avec la lumière. Renoncez au quatrième arrêt, ou remplacez-le par un bassin géothermique en fin de parcours, où l’obscurité n’enlève rien. Et surveillez la route 365, entre Þingvellir et Laugarvatn : elle comporte du gravier et se dégrade plus vite que le reste ; l’itinéraire par Laugarvatn en passant par la 36 puis la 37 est la solution de repli.

L’état des routes se lit le matin même sur road.is — jamais la veille. Aucun article ne peut le remplacer, et la comparaison des saisons détaille ce que chaque période impose vraiment à la conduite.

Si conduire de nuit sur une route hivernale ne vous tente pas, la solution honnête existe : une excursion guidée au départ de Reykjavík, et de préférence en formule d’après-midi — c’est exactement la stratégie « passer derrière » de la partie précédente, sans le volant. Et comme le Cercle d’Or se termine alors dans le noir, il se prolonge naturellement vers le guide des aurores boréales, dont c’est précisément la saison.

La méthode, en cinq lignes

Récapitulons, puisque tout le propos tient dans quelques décisions prises avant de partir.

① Choisissez votre heure avant votre ordre. Départ à 7 h 30, ou départ à 15 h. Entre les deux, vous êtes dans la vague, quel que soit le tracé.

② Gardez l’ordre classique si vous partez tôt — Þingvellir, Geysir, Gullfoss — et inversez-le si vous partez tard : Gullfoss, Geysir, Þingvellir, en rentrant par la 35 et Selfoss.

③ Ajoutez un arrêt, un seul. Kerið si vous voulez du spectaculaire sans détour, Friðheimar si vous avez pensé à réserver, un bassin géothermique si votre journée finit dans le noir.

④ Prévoyez deux stationnements, pas trois entrées. Les sites sont gratuits ; 1000 ISK à Þingvellir, 1000 ISK à Geysir, rien à Gullfoss. C’est le seul poste qui bouge d’une année sur l’autre : vérifiez-le sur place.

⑤ En hiver, comptez la lumière avant les kilomètres. Quatre heures de jour et 3 h 40 de route ne laissent aucune marge : c’est le quatrième arrêt qui saute, pas la boucle.

Le Cercle d’Or est souvent présenté comme la journée la moins originale d’Islande, et c’est vrai que tout le monde y voit la même chose. Mais c’est aussi la seule où un choix aussi banal que l’heure du réveil sépare deux journées entièrement différentes — et où le pays entier, faille, geyser et cascade, tient dans un rayon de cent kilomètres. Reste ensuite à décider si vous poursuivez vers l’est : le tour de la Route 1 en sept jours commence exactement là où cette boucle se referme.

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