Entre la piscine municipale de Reykjavík et le Blue Lagoon, le rapport de prix est de un à huit — pour la même eau géothermique. C’est le seul chiffre qui compte dans cette histoire, et c’est celui que les listes d’« alternatives au Blue Lagoon » ne donnent jamais : elles comparent des lagunes à dix mille couronnes entre elles, et passent à côté de ce que font réellement les Islandais. Voici les quatre familles de bains chauds du pays, ce que chacune coûte vraiment, et la règle de vestiaire qui décide, plus que le prix, de là où vous irez.
Le vrai écart ne va pas d’une lagune à l’autre : il va de un à huit
Commençons par le chiffre qui rend tout le reste lisible : l’entrée d’une piscine municipale islandaise coûte environ 1430 couronnes, celle du Blue Lagoon démarre à 11990. Un rapport de 8 pour un, dans le même pays, avec la même eau géothermique sortie du même sous-sol.
Ce n’est pas un scandale, c’est une information. Vous ne payez pas l’eau — l’Islande en a partout et s’en chauffe. Vous payez un décor, un vestiaire, un bar dans le bassin et une photo. Certains jours cela vaut le prix ; encore faut-il savoir que c’est cela qu’on achète.
Les bains chauds d’Islande se rangent en quatre familles, et la quasi-totalité des articles « alternatives au Blue Lagoon » n’en traitent qu’une seule.
| Famille | Exemples | Prix adulte | Ce que ça vous demande |
|---|---|---|---|
| La piscine de quartier | Laugardalslaug, et une par commune | 1430 ISK (~10 €) | la douche, nu, avant d’entrer |
| La source libre | Reykjadalur, Seljavallalaug | gratuit (stationnement à part) | de la marche, et aucun confort |
| La source aménagée | Secret Lagoon, Hrunalaug, Fontana | 3000 à 4500 ISK | une voiture, et un détour |
| La lagune-spectacle | Blue Lagoon, Sky Lagoon | 11990 à 12990 ISK (80 €+) | de l’argent, et une réservation ferme |
Lisez la dernière colonne : chaque famille demande une contrepartie différente, et ce n’est pas toujours de l’argent. La source libre demande de la marche, la source aménagée demande une voiture, la lagune demande de payer — et la piscine de quartier, la moins chère de toutes, demande la seule chose que les visiteurs étrangers refusent le plus souvent. C’est par elle qu’il faut commencer.
La règle qui décide de tout : la douche, nu, avant d’entrer
Voici le point qui écarte le plus de voyageurs de l’option la moins chère du pays, et il n’a rien à voir avec le prix.
Dans toutes les piscines et tous les bains publics d’Islande, vous devez vous doucher entièrement nu, au savon, avant d’entrer dans l’eau. Le maillot est interdit sous la douche. Ce n’est pas un usage flottant : des surveillants passent dans les vestiaires, et des panneaux illustrés indiquent les zones du corps à laver soigneusement.

La raison est technique, pas morale. L’eau géothermique islandaise est très peu chlorée — bien moins que dans la plupart des pays. Ce qui garde ces bassins sains, ce n’est donc pas un traitement chimique : c’est la propreté de ceux qui y entrent. Un maillot empêche le savon d’atteindre la peau ; la douche habillée ne lave rien. La règle n’existe que pour cela.
En pratique, trois choses valent d’être dites franchement. Personne ne vous regarde : les vestiaires islandais sont des lieux d’une banalité totale, et la gêne est un sentiment d’étranger, pas de local. Cela dure trente secondes. Et c’est ce qui vous ouvre la porte d’un réseau de piscines chauffées présent dans chaque commune du pays, ouvert de six heures et demie du matin à vingt-deux heures, à une dizaine d’euros l’entrée.
À Laugardalslaug, la grande piscine de Reykjavík, cette entrée donne accès à un bassin olympique et à une série de bains chauds allant de 5 à 42 °C, dont un rempli d’eau de mer. C’est aussi, très concrètement, l’endroit où les Islandais discutent du pays : le bain chaud de quartier tient ici le rôle du café. Aucune lagune à 11990 couronnes ne vend cela, et pour cause — cela ne se vend pas.
Les sources libres : ce qu’elles demandent à la place de l’argent
Passons aux gratuites, en gardant la même honnêteté : « gratuit » ne veut pas dire « sans contrepartie ». Ces lieux n’ont ni personnel, ni ménage, ni secours à proximité, et c’est exactement ce qui les rend beaux.
Reykjadalur, la rivière où l’on se baigne. À quarante minutes de Reykjavík, au-dessus de Hveragerði, une vallée entière fume. On y monte à pied : environ 3 kilomètres à l’aller pour 340 à 380 mètres de dénivelé, soit trois heures à trois heures et demie aller-retour, bain compris. En haut, la rivière se stabilise entre 36 et 40 °C et des passerelles en bois bordent la portion baignable. Le bain est gratuit, toute l’année, à toute heure ; seul le stationnement se paie, environ 1000 couronnes le forfait de cinq heures via les applications de parking locales.
Trois précisions que le paysage ne dit pas. Les « vestiaires » sont des panneaux de bois qui n’offrent presque aucune intimité. Il n’y a pas une seule poubelle sur le sentier : tout ce que vous montez redescend avec vous. Et il faut rester sur le chemin — le sol géothermique est une croûte fine sur de la boue brûlante, et la végétation qui repousse ici met des années.

Regardez cette photo, prise dans cette même vallée : elle sort à une température qui brûle. Rien, visuellement, ne la distingue de la rivière tiède où l’on se baigne quelques centaines de mètres plus loin. C’est pourquoi on ne teste jamais une source islandaise « pour voir » : on se baigne là où d’autres se baignent et où un panneau l’autorise, nulle part ailleurs.
Seljavallalaug, le bassin de la montagne. Sous l’Eyjafjallajökull, un bassin de 25 mètres adossé à la paroi, construit pour apprendre à nager aux enfants de pêcheurs. Gratuit, à 15 à 20 minutes de marche à plat depuis le parking, avec un ruisseau à franchir — prévoyez des chaussures qui acceptent l’eau.

Et là, il faut dire la vérité plutôt que de vendre du rêve : l’eau est tiède, pas chaude, et elle est verte. Le bassin n’est nettoyé qu’une fois par an, par des bénévoles du coin ; les algues reviennent dès le printemps et le fond devient glissant en été. Il n’y a ni toilettes, ni douches, et les vestiaires n’ont pas de portes. Ceux qui viennent pour la photo repartent souvent déçus ; ceux qui viennent pour le lieu — une piscine de 1923 au fond d’une vallée noire — trouvent exactement ce qu’ils cherchaient.
Un point commun à toutes ces sources, et il est décisif : aucune n’est desservie par les transports en commun. Sur les six lieux de cet article, cinq exigent une voiture — c’est la condition d’accès, pas un confort. Comparer les loueurs sur vos dates réelles prend quelques minutes et évite les options facturées à l’arrivée ; nous détaillons les pièges dans notre guide de la location en Islande, et le poids réel de ce poste dans le budget d’une semaine.
Les sources aménagées : le meilleur rapport qualité-prix du pays
Entre la piscine de quartier et la lagune-spectacle, il existe une famille intermédiaire que presque personne ne mentionne, et c’est probablement la meilleure affaire d’Islande : de vraies sources, avec vestiaires et eau vraiment chaude, à un tiers du prix des grandes lagunes.
Le Secret Lagoon, à Flúðir — 4500 couronnes, environ une trentaine d’euros. Ce n’est pas un spa moderne : c’est le Gamla Laugin, « le vieux bassin », creusé en 1891, la plus ancienne piscine d’Islande. L’eau y arrive naturellement entre 38 et 39 °C et se renouvelle à 10 litres par seconde, ce qui explique sa clarté. Un petit geyser souffle sur le bord toutes les quelques minutes. Il est sur le Cercle d’Or, ce qui en fait la fin de journée naturelle de cette boucle.

Hrunalaug, et la correction qu’il faut faire. Cette petite source près de Flúðir traîne dans des dizaines de guides comme « gratuite ». Elle ne l’est plus. Le tarif officiel affiché par le propriétaire est de 3000 couronnes avant 14 h et 3500 après pour un adulte, 2 000 à 2 500 pour les 11-15 ans, gratuit en dessous de dix ans — et la visite est limitée à 90 minutes. Les horaires changent avec la saison : 9 h-22 h en plein été, 10 h-20 h au cœur de l’hiver.
Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, c’est une nouvelle utile. Regardez la photo : vous entrez chez quelqu’un — une prairie, une clôture, une cabane de tôle et une ferme au fond. Le droit d’entrée finance l’entretien d’un lieu que la fréquentation abîmait. Arriver là-bas persuadé que c’est gratuit, c’est repartir sans s’être baigné, ou faire un esclandre pour vingt euros.
Laugarvatn Fontana, sur le Cercle d’Or lui aussi, complète la famille : bains au bord du lac, sauna posé sur une source, et la possibilité de plonger dans l’eau froide entre deux passages. Nous avons vérifié ses horaires — 10 h-21 h du 1er juin au 30 septembre, 11 h-21 h le reste de l’année — mais nous ne citons pas son tarif : deux sources publiques donnent des prix très différents et le site officiel ne l’affiche pas. Un prix approximatif est pire qu’une absence de prix.
Les lagunes-spectacle : ce que vous achetez vraiment
Reste la famille par laquelle tout le monde commence, et il n’y a aucune raison de la mépriser — à condition de savoir ce qu’on achète.
Le Blue Lagoon démarre à 11990 couronnes, plus de quatre-vingts euros, et monte au-delà de 14 990 pour les formules avec peignoir et boisson. La réservation est obligatoire : il n’existe aucune entrée sans billet, et se présenter à la porte ne sert à rien. Le stationnement, lui, est gratuit. Le Sky Lagoon, ouvert en 2021 à Kópavogur, se tient entre 9990 et 12990 couronnes : un bassin à débordement face à l’Atlantique, un rituel en sept étapes qui alterne chaud, froid et vapeur, et un quart d’heure de trajet depuis le centre de Reykjavík — c’est la plus accessible sans voiture.
Le point que les brochures ne mettent pas en avant. Le Blue Lagoon se trouve sur la péninsule de Reykjanes, en éruption à répétition depuis fin 2023. Le site a été évacué à plusieurs reprises, notamment en février 2024 et en juillet 2025, et une coulée a détruit une conduite d’eau chaude qui alimentait la région. Il n’a pas été endommagé — des digues le protègent — et en 2026 aucune éruption n’est en cours : Grindavík a rouvert et le Blue Lagoon fonctionne normalement.
Le risque n’est donc pas votre sécurité, il est votre planning. Ne faites pas reposer votre unique journée de bain sur une réservation dans cette zone, et gardez en tête qu’une des sources des parties précédentes fait très bien office de solution de repli. Si vous choisissez quand même une lagune, réservez tôt : les créneaux de fin d’après-midi partent les premiers, en été comme en hiver. Comparer les créneaux et les formules permet de voir les disponibilités des deux grandes lagunes au même endroit, ce qui évite d’ouvrir deux billetteries en parallèle.
Une note pour le nord, enfin, et elle appelle la prudence : les anciens Mývatn Nature Baths ont rouvert en juillet 2026 sous le nom d’Earth Lagoon, après reconstruction complète, avec une grotte de vapeur et des formules annoncées à partir de 7 900 couronnes. La réouverture est trop récente et trop peu documentée pour que nous en fassions une recommandation : nous la signalons, nous ne la garantissons pas.
Choisir, en cinq lignes
Récapitulons, car tout tient dans une seule question : qu’êtes-vous prêt à donner ? De l’argent, de la marche, ou un peu de gêne.
| Lieu | Accès | Ce que ça coûte | Ce qu’il faut savoir avant |
|---|---|---|---|
| Laugardalslaug | bus, à pied depuis le centre | 1430 ISK | bains de 5 à 42 °C, dont un à l’eau de mer |
| Reykjadalur | 3 km de marche, 340 m de dénivelé | bain gratuit, 1000 ISK de stationnement | aucune poubelle, aucune douche, ne pas quitter le sentier |
| Seljavallalaug | 15 à 20 min à plat, un ruisseau à passer | gratuit | eau tiède et verte l’été, ni toilettes ni portes aux vestiaires |
| Hrunalaug | voiture, près de Flúðir | 3000 ISK avant 14 h, 3500 après | terrain privé, visite limitée à 90 minutes |
| Secret Lagoon | voiture, sur le Cercle d’Or | 4500 ISK | creusé en 1891, eau à 38-39 °C |
| Blue Lagoon | voiture ou navette, près de l’aéroport | à partir de 11990 ISK | réservation obligatoire, zone volcanique active |
① Sans voiture, et basé à Reykjavík : la piscine de quartier. 1430 couronnes, tous les jours, et l’expérience la plus authentique du pays. Le seul obstacle est la douche, et il tombe en trente secondes.
② Avec une voiture et une demi-journée : Reykjadalur. Trois kilomètres de montée, une rivière à 36-40 °C, et rien à payer que le stationnement.
③ Vous voulez du chaud et du confort sans le prix : le Secret Lagoon à 4500 couronnes, ou Hrunalaug à 3000 — en sachant qu’il faut désormais payer, et qu’on n’y reste qu’une heure et demie.
④ Vous voulez le décor, et vous l’assumez : réservez tôt, et prévoyez une solution de repli si votre lagune est du côté de Reykjanes.
⑤ En hiver, inversez le raisonnement. Un bain chaud dehors à quatre heures de l’après-midi, dans le noir, est l’un des grands moments d’un voyage islandais — et c’est souvent depuis un bassin qu’on voit le mieux les aurores boréales. La comparaison des saisons détaille ce que chacune permet réellement.

Un dernier mot, parce qu’il évite une déception. « Gratuit » et « sauvage » ne veulent pas dire « désert ». Les sources libres d’Islande figurent dans tous les guides depuis vingt ans, et l’on s’y retrouve à trente dans une rivière un après-midi d’août. Ce que vous cherchez n’est probablement pas la solitude — elle existe, mais elle se paie en heures de piste — c’est de l’eau chaude, dehors, dans un paysage qui n’existe nulle part ailleurs. Cela, l’Islande le donne pour 1430 couronnes, et le tour de la Route 1 vous fait passer devant chaque jour.
