La Réunion est probablement l'île aux cascades la plus dense au monde. Un relief qui grimpe de 0 à 3 000 mètres en vingt kilomètres, des alizés qui déversent des records mondiaux de pluie sur la côte Est, des remparts partout : l'eau n'a pas d'autre choix que de tomber, et elle tombe magnifiquement. Il y a ici la plus haute cascade de France, des murs d'eau au bord de la route, des bassins d'eau claire au bout de sentiers bordés de goyaviers. Voici nos douze préférées — avec, pour chacune, comment y aller, si l'on peut s'y baigner, et ce qu'il faut savoir pour en profiter sans se mettre en danger. Car c'est l'autre vérité des cascades réunionnaises : certaines se méritent, d'autres se sont refermées, et toutes commandent le respect.
L'Est : le royaume de l'eau
1. La cascade Niagara (Sainte-Suzanne). La plus accessible de toutes : à deux kilomètres du centre de Sainte-Suzanne, le parking est à trente mètres du bassin. Une chute d'une vingtaine de mètres tombe d'un seul jet sur une paroi de basalte sombre, dans un large bassin circulaire cerné de verdure. En saison sèche, la baignade y est autorisée et l'eau, fraîche sans être glaciale, en fait le but de pique-nique préféré des familles du Nord-Est. Venez tôt le week-end : le secret est éventé depuis longtemps.

2. Le Bassin La Paix et le Bassin La Mer (Bras-Panon) — fermés, et on vous dit pourquoi. Sur la Rivière des Roches, ces deux bassins comptent parmi les plus beaux sites de l'île : colonnes de basalte, eau sombre, cascades puissantes. Mais l'accès au Bassin La Paix est interdit par arrêté depuis qu'un éboulement y a grièvement blessé deux personnes — un bloc s'est détaché de la falaise au-dessus des baigneurs — et la fermeture reste en vigueur jusqu'à nouvel ordre ; en mai 2026, la justice a d'ailleurs reconnu la commune partiellement responsable de l'accident. Des visiteurs enjambent encore les barrières ; ne les imitez pas. Il y a assez de merveilles ouvertes sur cette île pour ne pas risquer sa vie sous une paroi instable.
3. L'Anse des Cascades (Sainte-Rose). Un cas unique : ici, les cascades tombent des falaises… directement face à l'océan. Au sud de Piton Sainte-Rose, cette anse ombragée d'une immense cocoteraie, avec son petit port de pêche et ses tables de pique-nique, est l'une des pauses les plus douces de la côte Est. Abîmé par la tempête Fakir en 2018, le site a été remis en état et rouvert la même année. On ne s'y baigne pas — l'océan y est brutal — mais on y déjeune à l'ombre, bercé par le bruit de l'eau qui tombe et des vagues qui répondent.
4. Les cascades de Takamaka (Saint-Benoît). La vallée de la rivière des Marsouins est une cathédrale verte : des dizaines de chutes, dont les plus hautes avoisinent les cinquante mètres, rayent des parois couvertes de forêt primaire. Le belvédère s'atteint en voiture par la route de Takamaka depuis Saint-Benoît — le panorama depuis le parking suffit à comprendre pourquoi les Réunionnais en parlent à voix basse. Les marcheurs peuvent prolonger le long de la rivière vers le second point de vue au-dessus du barrage.
5. Les cascades du Bras d'Annette (Grand Étang). Au bout du sentier qui contourne le Grand Étang — le plus grand plan d'eau naturel de l'île, posé sous les remparts entre Saint-Benoît et la Plaine des Palmistes — plusieurs cascades dégringolent du rempart pour former le Bras d'Annette. La boucle depuis le parking est une balade familiale, plate et ombragée ; le spectacle final, avec les chutes qui tombent en rideaux successifs, récompense largement l'heure de marche.
Les Hauts : les géantes
6. Le Trou de Fer (Salazie / Bras-Panon). Le monument. Dans un gouffre vertigineux que se partagent Salazie et Bras-Panon, plusieurs rivières se jettent d'un coup : 725 mètres de chute cumulée en quatre sauts, dont un bond principal d'environ 305 mètres — la plus haute cascade de France, classée parmi les grandes chutes du monde. On l'admire depuis un belvédère naturel à plus de 1 000 mètres d'altitude, au bout du sentier qui part du gîte de Bélouve : environ deux heures de marche à l'aller, dans une forêt de tamarins souvent noyée de brume. Partez tôt — le gouffre se bouche presque chaque fin de matinée — et en saison sèche. Les plus pressés le survolent en hélicoptère : c'est le passage le plus spectaculaire de tous les survols de l'île.

7. Le Voile de la Mariée (Salazie). Sur la route qui monte vers Salazie et Hell-Bourg, vers 500 mètres d'altitude, un faisceau de cascades s'étire sur près de cent mètres de falaise, fin et blanc comme un tulle — d'où le nom, et la légende créole qui l'accompagne : celle d'une jeune mariée qui, fuyant la colère de son père, aurait chuté dans la ravine en y laissant son voile. C'est la cascade la plus photographiée de l'île, et elle ne coûte rien : on se gare, on lève les yeux. Après de fortes pluies, le voile devient un rideau — le cirque de Salazie est l'un des endroits les plus arrosés du monde.

8. La cascade Biberon (Plaine des Palmistes). Un fil d'eau de 250 mètres qui tombe du rempart au-dessus de la Plaine des Palmistes, vers 1 000 mètres d'altitude. Le sentier, bordé de goyaviers, mène en une trentaine de minutes à une plateforme d'observation installée lors de la réouverture du site en 2019 — il avait été fermé après un éboulement mortel en 2014. La baignade y est interdite, et la plateforme existe précisément pour admirer la chute à distance de la paroi. C'est la balade parfaite en fin d'après-midi, quand la lumière rase le rempart.
9. La cascade du Chaudron (Saint-Denis) — la belle interdite. Près de 400 mètres de chute au fond de la ravine du Chaudron, aux portes du chef-lieu. Mais son accès est fermé et interdit : les éboulements y ont causé des accidents graves, et la ravine est un piège à crues. On l'aperçoit de loin après les grosses pluies, ou en hélicoptère. La citer ici, c'est aussi dire clairement : n'y allez pas — les sentiers « secrets » qui circulent sur les réseaux mènent sous des parois qui tombent.
Le Sud et les cirques
10. La cascade Langevin, dite de Grand Galet (Saint-Joseph). Celle de la bannière — et sans doute la plus photogénique de l'île. Ici, ce n'est pas une chute mais un mur entier qui pleure : des dizaines de jets jaillissent de la paroi moussue et convergent vers un bassin turquoise. On y accède par la D33 qui remonte la rivière Langevin depuis Saint-Joseph — vingt minutes de route étroite et sinueuse, la cascade est au bord du bitume juste avant le village de Grand Galet. La rivière égrène en aval une série de bassins où la baignade est un bonheur ; on se baigne dans les bassins calmes, jamais sous la chute principale, dont le courant et les blocs ne pardonnent pas. Après un orage dans les Hauts, on ne descend pas dans le lit de la rivière, point.
11. Grand Bassin et son Voile de la Mariée du Sud (Le Tampon). Depuis le belvédère de Bois Court, on plonge du regard sur un village posé au fond d'une ravine, accessible uniquement à pied — un petit Mafate du Sud. La descente fait 4,5 kilomètres pour environ 650 mètres de dénivelé ; au village, on continue cinq cents mètres le long de la rivière pour atteindre la cascade, un voile élégant qui alimente le bassin. La remontée se mérite (comptez le double du temps de descente) ; ceux qui dorment chez l'habitant à Grand Bassin en parlent comme d'une des nuits les plus paisibles de l'île. Le panorama depuis Bois Court, lui, est gratuit et immédiat.
12. La cascade du Bras Rouge (Cilaos). Au cœur du cirque de Cilaos, une lame d'eau glisse sur une paroi de roche claire, lisse comme un toboggan de pierre. La boucle classique part du centre de Cilaos par le sentier des Porteurs et se boucle en deux heures et demie environ — une randonnée cotée facile, l'une des plus gratifiantes du cirque au regard de l'effort. En chemin, la Ravine des Étangs et ses bassins ; autour, les remparts. Si vous logez à Cilaos pour enchaîner vers Mafate par le Col du Taïbit, c'est la mise en jambes idéale.

Se baigner sans se mettre en danger
Les cascades réunionnaises sont superbes et elles ne plaisantent pas. Le danger n° 1 est la crue subite : un orage dans les Hauts, parfois invisible depuis la côte, peut faire monter une rivière de plusieurs mètres en quelques minutes. La règle des locaux est simple : on regarde la météo avant de partir, on ne descend jamais dans un lit de rivière quand il a plu ou qu'il va pleuvoir en amont, et on ne franchit jamais un radier submergé. Le danger n° 2 est l'éboulement : les parois volcaniques sont jeunes et fragiles — c'est ce qui a fermé le Bassin La Paix, la cascade du Chaudron et, un temps, la cascade Biberon. On ne stationne pas sous une falaise, on ne saute pas depuis les rochers (les fonds bougent à chaque crue), et l'on respecte les barrières et les panneaux : à La Réunion, un site fermé l'est toujours pour une raison écrite en lettres de sang. Enfin, après de fortes pluies, évitez de vous baigner avec des plaies ouvertes : comme partout sous les tropiques, les eaux douces peuvent transmettre la leptospirose. La saison sèche, de mai à novembre, reste la fenêtre la plus sûre — et la plus agréable pour marcher.
Le mot du local
Les douze valent le détour, mais si nous devions n'en garder que trois pour un premier séjour : Langevin pour la photo et la baignade dans les bassins de la rivière, le Trou de Fer pour le frisson du gouffre au bout de la forêt de Bélouve, et Niagara pour la simplicité d'un après-midi de pique-nique. Glissez-les dans un itinéraire de dix jours et vous aurez vu l'eau de La Réunion sous toutes ses formes — le voile, le mur, le gouffre. Et gardez le réflexe réunionnais : la montagne se joue le matin, la rivière se respecte toujours, et une barrière fermée n'est jamais une invitation.
