Oui, on se baigne à La Réunion — dans le lagon, sur les plages à filets et dans les zones surveillées, avec une eau entre 23 et 28 °C toute l'année. L'île n'est pas une destination « plage » au sens classique : c'est une montagne posée sur l'océan, et sa côte baignable se concentre sur quelques kilomètres de lagon et une poignée de sites aménagés. Ce guide fait le tri, plage par plage — et il commence par ce que trop d'articles enjolivent : la réglementation liée au risque requin, ce qu'elle autorise vraiment, et pourquoi elle protège bien ceux qui la respectent.
La règle du jeu, d'abord : où la baignade est autorisée
Parlons franchement. Après une série d'attaques de requins-bouledogues et de requins-tigres au début des années 2010, la baignade et les activités utilisant la force des vagues (surf, bodyboard) sont interdites depuis 2013 dans la bande des 300 mètres du littoral réunionnais, sauf dans le lagon, dans les espaces aménagés et dans les zones surveillées définies par les communes. L'arrêté-cadre du 8 février 2017 est reconduit chaque année, et la gendarmerie verbalise réellement les contrevenants.
Une évolution récente mérite d'être connue : depuis le 12 février 2025, la préfecture autorise de nouveau la nage avec palmes, masque et tuba dans la bande des 300 mètres — l'expérience accumulée montre que cette pratique n'a pas été visée par les attaques. La baignade « simple », elle, reste cantonnée aux zones autorisées.
Concrètement, vous vous baignez sereinement à quatre types d'endroits : le lagon (l'Ermitage, La Saline, Saint-Leu, Saint-Pierre), les plages équipées de filets anti-requins (Boucan Canot, Roches Noires), les zones surveillées comme l'Étang-Salé, et les bassins aménagés comme celui de Grande Anse. C'est largement assez pour un beau séjour balnéaire — la preuve dans les sections qui suivent.

L'Ermitage : la grande plage du lagon
C'est la carte postale de l'Ouest : la plus grande plage de sable blanc de l'île, ombragée de filaos, devant un lagon turquoise que la barrière de corail protège de la houle. L'eau y dépasse rarement 1,50 m : on marche, on flotte, on observe — poissons-papillons, demoiselles, parfois un poisson-trompette entre deux patates de corail. La baignade y est surveillée en journée, et la pente douce en fait le premier choix des familles.
Deux conseils de locaux : venez le matin, quand l'eau est translucide et le vent encore couché ; et gardez vos distances avec le corail — on en reparle plus bas, la réserve marine ne plaisante pas. Le week-end, les Réunionnais y piqueniquent en famille sous les filaos : l'ambiance carry-samoussas fait partie du voyage.

La Saline et Trou d'Eau : le lagon côté tranquille
Dans le prolongement de l'Ermitage, La Saline-les-Bains déroule le même lagon avec un peu moins de monde. Le secteur de Trou d'Eau est notre préféré pour le snorkeling de fin de journée : herbiers, juvéniles, lumière rasante. Les paillotes en bord de plage servent un rougail-saucisse les pieds dans le sable — la définition réunionnaise du bonheur simple.
Plus au sud, la plage de Saint-Leu, au centre de la ville, offre une baignade dans le lagon face à l'un des spots de surf les plus célèbres de l'océan Indien (réservé, lui, aux professionnels encadrés). Saint-Leu est aussi une excellente base pour rayonner — notre itinéraire de 10 jours y fait étape.
Boucan Canot et Roches Noires : les plages à filets
Ces deux plages de Saint-Gilles n'ont pas de lagon — elles ont mieux, ou presque : des filets anti-requins posés entre 2017 et 2019, inspectés deux fois par jour par une équipe dédiée. Boucan Canot est la plage « à voir » de l'île : une anse de sable blond entre deux caps, des restaurants au-dessus, une houle qui rappelle qu'on est en plein océan. Roches Noires, en plein cœur de Saint-Gilles, est plus urbaine et très pratique avec des enfants.
Le point à connaître : quand la houle dépasse 1,50 m, les filets sont relevés et la baignade fermée — le drapeau rouge n'est pas une suggestion. C'est plus fréquent en hiver austral (juin-septembre), quand les houles du sud remontent. Un coup d'œil aux conditions du jour avant de charger la voiture évite la déconvenue.
L'Étang-Salé : le sable noir
Changement complet de décor : à l'Étang-Salé-les-Bains, le sable est noir, volcanique, scintillant de particules de basalte — et brûlant à midi, prévoyez des sandales. On s'y baigne dans la zone surveillée, délimitée et encadrée par les sauveteurs. Le contraste du sable sombre, de l'écume blanche et du bleu profond en fait la plage la plus photogénique de l'île au coucher du soleil.
À deux pas, le Gouffre de l'Étang-Salé mérite le détour pour voir l'océan s'engouffrer dans les orgues basaltiques — en restant derrière les barrières : les vagues y sont imprévisibles.

Le Sud : Saint-Pierre, Grande Anse, Manapany
Saint-Pierre combine une vraie plage de ville — lagon, baignade surveillée, front de mer animé — et la meilleure vie nocturne de l'île : marché le samedi matin, rhum arrangé le soir. C'est la porte d'entrée du Sud sauvage, dont nous parlons longuement dans nos incontournables de La Réunion.
Grande Anse, à Petite-Île, est la plage la plus photographiée du Sud : une cocoteraie, du sable doré, des vagues puissantes. On ne s'y baigne que dans le bassin délimité par les enrochements, sous surveillance — au large, les courants sont réputés dangereux, et l'interdiction est absolue. Manapany-les-Bains ferme la marche avec son bassin naturel creusé dans les laves, un bijou de bout du monde.
Et l'Est ? Pas de lagon côté au vent : la région se vit rivières, cascades et bassins — en respectant la signalisation locale et jamais après de fortes pluies. Pour l'organisation jour par jour, notre itinéraire complet équilibre mer et montagne.

Snorkeling, réserve marine : les règles qui protègent le lagon
Le lagon réunionnais est au cœur de la Réserve naturelle marine, créée en 2007 : environ 3 500 hectares protégés le long de la côte ouest. Les règles tiennent en une phrase : on regarde, on ne touche pas. Ne marchez jamais sur le corail (même « mort », il porte la vie qui repousse), ne nourrissez pas les poissons, ne prélevez rien, et préférez une crème solaire respectueuse du récif — ou mieux, un lycra anti-UV.
Bonus qui n'existe presque nulle part ailleurs : de juin à octobre, les baleines à bosse passent au large, et on les voit souffler depuis le sable des plages de l'Ouest. Certains matins d'hiver, le petit-déjeuner face à la mer se transforme en spectacle. Après la plage, le volcan n'est qu'à deux heures de route — c'est toute la magie de cette île.

Le mot du local
Trois réflexes rendent la Réunion balnéaire aussi sûre qu'ailleurs : se baigner dans les zones autorisées, aux heures de surveillance, en respectant les drapeaux. Ajoutez des chaussures de récif pour les bassins, un chapeau (le soleil tropical ne pardonne pas, même voilé), et l'habitude de vérifier la houle avant de choisir sa plage du jour — l'hiver austral ferme parfois Boucan Canot le matin pour la rouvrir l'après-midi.
Le reste n'est que plaisir : un lagon d'aquarium, du sable blanc, noir ou doré selon l'humeur, des baleines à l'horizon en hiver et des paillotes qui sentent le carry. La Réunion n'est pas une île à plages — c'est mieux : une île-monde qui a aussi de très belles plages.
